Annexe
Annexe 20-Projetdeterritoire CCM 2022oe2025.pdf · 20 367 mots · du marché « Réaliser et actualiser les cartes des risques naturels prévisibles (inondations, glissements de terrain, etc.) pour les… », dossier de consultation officiel.
New Deal 2025
PROJET DE
TERRITOIRE
DE LA MATHEYSINE
Élaboré de 2022 à 2025
@ CCM
@ Matheysine Tourisme
@ Les Montagn’Arts
ÉDITO
“ Faire territoire ensemble “
En 2022, nous avons collectivement fait un choix important : celui de nous engager
volontairement dans l’élaboration d’un projet de territoire. Cette décision traduisait
une conviction forte : face aux mutations profondes qui traversent nos territoires
ruraux, nous ne pouvions plus nous contenter de subir les évolutions ou d’y
répondre au coup par coup. Nous devions au contraire prendre l’initiative, anticiper
et construire une vision partagée de notre avenir.
La démarche engagée a ainsi eu pour ambition de doter notre territoire d’un
document-cadre à l’échelle de la grande Matheysine : à la fois un diagnostic
précis de notre situation et une véritable feuille de route pour les dix prochaines
années avec une volonté claire : comprendre les dynamiques en présence, identifier
nos atouts comme nos fragilités, et définir collectivement les orientations
stratégiques qui guideront notre action publique au-delà des échéances électorales.
Au terme de plusieurs années de travail, nous partageons dorénavant une
connaissance commune du fonctionnement du territoire, ses équilibres, ses
centralités, les attentes de ses habitants, mais aussi les volontés exprimées par les
élus locaux. Ce socle commun est essentiel et constitue la condition première pour
bâtir des décisions adaptées aux besoins de chacun.
La Matheysine est confrontée à de nouveaux enjeux liés à l’évolution
démographique, l’attractivité résidentielle, aux mutations économiques, à la
transition écologique et sociale, à l’adaptation de l’offre de services et au maintien du
lien social.
Le Projet de Territoire nous apporte ainsi des orientations pour répondre à ces
défis de manière cohérente, collective et responsable. Nous pouvons d’ores et
déjà mesurer le chemin parcouru ensemble, Communes et Intercommunalité, et la
pertinence de l’action que nous conduisons au quotidien. Néanmoins, beaucoup
reste à faire et nous sommes les garants d’un avenir solidaire et durable.
Je tiens à remercier chaleureusement les élus locaux qui ont participé activement à la
construction de ce document et qui ont œuvré à la définition d’une trajectoire
commune. Aussi, j’invite les futurs élus à se saisir du Projet de Territoire, à le
faire vivre, à le faire évoluer au regard des enjeux de demain avec pour seule
boussole l’interêt de la Matheysine et de ses habitants.
Coraline SAURAT
Présidente de la Communauté de
Communes de la Matheysine
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New Deal 2025
SOMMAIRE
Rappel du contexte, de la demande et de la démarche p. 5
d’élaboration du projet
Les principaux enseignements du portrait de territoire p. 8
Les principaux enseignements de la phase d’écoute des
acteurs et de la population p. 18
La vision a priori des élus p. 19
Les pratiques, les perceptions, les attachements et
attentes des habitants p. 21
Les enjeux, orientations et objectifs structurant le
projet de territoire p. 24
Mettre en œuvre un modèle d’aménagement plus
respectueux de l’environnement et des ressources du
territoire ainsi que de la hiérarchie territoriale. p. 25
Renforcer l’attractivité résidentielle du territoire et
retrouver une dynamique démographique conforme
aux dynamiques du système dans lequel s’inscrit le
territoire p.32
Recouvrer une dynamique économique et renforcer la
capacité du territoire à créer des emplois locaux p. 40
Maintenir l’équilibre social et générationnel du territoire p. 49
Organiser l’action publique au service du Projet de
Territoire p. 54
Des engagements aux réalisations p. 59
Annexes p. 60
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New Deal 2025
Rappel du contexte, de la demande et
de la démarche d’élaboration du projet
La Communauté de Communes de la MATHEYSINE a été créée le 1er janvier 2014
suite à la fusion de trois Communautés de Communes et au rattachement de dix
communes isolées1. Elle compte aujourd’hui 43 communes pour une superficie de 71
000 hectares : 8 872 ménages, 19 010 habitants (Insee 2022) et 5 186 emplois. Le
territoire communautaire est entièrement inclus dans le département de l’Isère. Il est
bordé par Grenoble Alpes Métropole (Isère), la CC du Trièves (Isère), la CC de l’Oisans
(Isère), la CC Buëch-Dévoluy (Hautes-Alpes) et la CC Champsaur-Valgaudemar
(Hautes-Alpes).
La Communauté a souhaité engager à la fin de l’année 2022 l’élaboration d’un
Projet de Territoire. Le cabinet New Deal et l’Agence d’Urbanisme de Grenoble ont
été choisis pour accompagner l’EPCI dans la conduite de sa réflexion. A été proposé
une méthodologie en cinq grands temps :
Temps 1 :
L’élaboration d’un portrait territorial permettant d’objectiver la situation réelle du
territoire et de son évolution, et de donner aux parties prenantes les matériaux
nécessaires à leur réflexion. Outre les données spécifiques au territoire, cette étape a
permis de sensibiliser les élus aux nouveaux enjeux de l’aménagement en lien avec
la bifurcation environnementale et notamment la nécessité d’inscrire les territoires
dans la trajectoire de la sobriété foncière (ZAN) et de la sobriété carbone (ZEN) après
l’adoption de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021.
Temps 2 :
La construction d’une vision partagée de l’évolution souhaitée du territoire.
Cette étape a conduit les élus à se projeter à 20 ans et à imaginer à quoi devrait
ressembler le territoire à cette échéance. La réflexion a permis d’identifier les
scénarios possibles d’évolution du territoire, les ruptures à anticiper et les
bifurcations à organiser, et à formaliser une vision et un récit. Outre les principaux
éléments du portrait territorial, la démarche s’est nourrie de 2 grandes enquêtes. La
première enquête conduite auprès des élus du territoire, et notamment des 43
Maires, a permis de recueillir leur vision du territoire et ses enjeux, et leur vision de
l’intercommunalité et de l’articulation avec les communes. La seconde enquête
conduite auprès de la population a mis en lumière les pratiques territoriales, les
atouts et handicaps du territoire ainsi que les principales attentes.
[1] Cognet, Marcieu, Mayres-Savel, Monteynard, Nantes-en-Ratier, Ponsonnas, Prunières, Saint-Arey, Saint-
Honoré, Sousville
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New Deal 2025
Temps 3 :
L’élaboration d’un diagnostic et la mise en débat des enjeux. Il s’est agi de
mesurer les écarts entre la trajectoire souhaitée d’évolution du territoire, telle que
définie par la vision exprimée par les élus, et sa trajectoire réelle telle qu’elle
ressortait de l’élaboration du portrait territorial. L’exercice a permis de mettre en
lumière un certain nombre d’enjeux et de conduire un débat politique sur les enjeux
dont devait se saisir en priorité le territoire et les objectifs stratégiques à poursuivre
au sein de chaque enjeu.
Temps 4 :
La réflexion sur les politiques publiques en réponse aux enjeux. Cette quatrième
étape s’est appuyée sur une analyse des politiques existantes et sur leur capacité à
répondre aux nouveaux enjeux et objectifs stratégiques définis par les élus. Cette
étape a permis de mettre en lumière les politiques à maintenir et conforter, les
politiques nouvelles à imaginer et les politiques existantes à questionner.
Temps 5 :
L’organisation de l’action publique au service du projet de territoire. Le parti
pris de la démarche était de construire un véritable projet de territoire et non un
simple projet communautaire. La dernière étape a donc abordé la question des
échelles pertinentes de déploiement des principales politiques (locale, territoriale,
supra-territoriale) et l’articulation entre l’action communale et l’action
intercommunale dans une logique de bloc local.
Le calendrier d’élaboration du projet :
14 septembre 2022
Présentation en Conseil de la démarche d’élaboration du Projet de Territoire
14 décembre 2022
Restitution en Conseil du portrait territorial
15 février 2023
Restitution du portrait territorial auprès des services communautaires
Mars / juin 2023
Écoute des Maires. Entretiens acteurs socio-économiques. Enquête auprès de la
population
Juillet / septembre 2023
Rencontres avec les Vice-présidents
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New Deal 2025
13 septembre 2023
Restitution en Conseil communautaire de l’écoute auprès des élus et de l’étude de
la population
15 septembre 2023
Séminaire Politique sur la vision de l’évolution souhaitée et des enjeux à saisir
Atelier 1 - Comment recouvrer une dynamique démographique et attractivité
résidentielle ?
Atelier 2 - Comment recouvrer une dynamique économique ?
Atelier 3 - Comment maintenir un certain équilibre social et générationnel ?
Atelier 4 - Comment aménager et développer le territoire en limitant l’impact
environnemental ?
Atelier 5 - Quelle structuration territoriale et quelle organisation de l’action
publique ?
11 décembre 2023
Vote du Conseil communautaire sur les enjeux, orientations et objectifs
Janvier / mars 2023
Travail avec les services de l’intercommunalité sur les politiques à proposer aux
élus
7 juin 2024
Ateliers de réflexion sur les politiques et actions à conduire :
Atelier 1 - modèle d’aménagement et protection de l’environnement
Atelier 2 - attractivité résidentielle et politique du logement
Atelier 3 - dynamique économique et emploi
Atelier 4 - équilibre social et générationnel
Atelier 5 - organisation de l’action publique
7 novembre 2024
Séminaire de synthèse des politiques publiques
17 décembre 2024
Bureau communautaire/Arbitrage des politiques et actions prioritaires
13 janvier 2025
Travail avec les services de l’intercommunalité sur les allocations de ressources
13 mars 2025
Présentation en Conférence des Maires du Projet finalisé
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New Deal 2025
LES PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS
DU PORTRAIT DE TERRITOIRE
Un territoire qui s’inscrit en intégralité dans le système métropolitain
grenoblois
Un territoire rural mais fortement polarisé par sa ville centre, La Mure
et son unité urbaine
Une faible dynamique démographique
Un vieillissement accéléré de la population
Des ménages sans enfants dominants
Une population socialement homogène mais un déficit de cadres et
professions supérieures
Un territoire en déficit d’emplois au regard du nombre d’actifs mais une
évolution positive de l’emploi
Des masses salariales captées par les actifs travaillant hors de l’EPCI
supérieures aux masses générées par les actifs travaillant dans le
territoire
Un potentiel de captation perfectible mais un effet multiplicateur et un
taux de couverture en emplois présentiels satisfaisant
Un habitat qui demeure très typé et une situation du logement qui se
tend
Un poids important des résidences secondaires et une évolution
positive de la vacance du logement
Un bon niveau d’équipements en matière de sport, loisirs, culture,
éducation, santé et commerce
Un capital naturel et écologique de très grande qualité mais un modèle
d’aménagement qui met le territoire sous tension d’un point de vue
environnemental
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New Deal 2025
Les principaux enseignements
du portrait de territoire
Un territoire qui s’inscrit en intégralité dans le système métropolitain
grenoblois. Bien que situé aux confins de 2 Régions (AURA et PACA) et de 2
Départements (Isère et Hautes-Alpes), le territoire de la Matheysine s’inscrit dans le
système métropolitain grenoblois.
L’ensemble du périmètre communautaire est situé dans la zone d’emploi de
Grenoble2 (cf annexe 1).
41% des actifs du territoire travaillent dans l’un des 7 secteurs du SCOT de la
Région urbaine grenobloise dont 36% dans la Métropole.
Sachant qu’outre ces 41%, 56% des actifs occupés travaillent dans le périmètre
communautaire, l’influence des territoires autres que ceux du système
grenoblois, y compris Gap, est marginale. 85% de la population s’inscrit dans le
périmètre de l’aire d’attraction de Grenoble.
Un territoire rural mais fortement polarisé par sa ville centre, La Mure et son
unité urbaine. Parmi les 43 communes qui composent le territoire, 40 sont classées
dans les espaces à dominante rurale. Seules les 3 communes qui composent l’unité
urbaine de La Mure (La Mure, Susville et Ponsonnas) sont classées dans les espaces à
dominante urbaine. Malgré ce caractère très rural, le territoire dispose d’une
véritable centralité qui polarise le territoire et même au-delà.
S’agissant de la fonction économique, on constate que la ville de La Mure
rassemble 26% des habitants du territoire, et 53% des emplois. L’unité urbaine
de La Mure concentre 34% de la population, et 60% des emplois.
S’agissant des services, la ville de La Mure est classée dans la catégorie des
centres structurants d’équipements et de services (Seulement 742 communes
en France sont classées dans cette catégorie). 39 communes sur 43 s’inscrivent
dans le périmètre du bassin de vie de La Mure3 (cf annexe 2). Seules les
communes de Laffrey, La Morte et Saint-Jean-de-Vaulx (bassin de vie de Vizille)
et la commune de Beaufin (bassin de vie de Saint-Bonnet-en-Champsaur) sont
hors du bassin de vie de La Mure. Au total, ce sont 93,89% de la population du
territoire qui bénéficient des fonctions sanitaires, éducatives, culturelles et
commerciales, et bien sûr économiques à La Mure.
Il est à noter que l’influence de La Mure dépasse largement le périmètre
communautaire puisque 15 des 27 communes de la CC du Trièves s’inscrivent
dans son bassin de vie
[2] Une zone d'emploi est un espace géographique à l'intérieur duquel la plupart des actifs résident et
travaillent, et dans lequel les établissements peuvent trouver l'essentiel de la main d'œuvre nécessaire pour
occuper les emplois offerts.
[3] Le bassin de vie constitue le plus petit territoire sur lequel les habitants ont accès aux équipements et
services les plus courants.
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New Deal 2025
Une faible dynamique démographique. La variation de la population est nulle
entre 2010 et 2015 et négative à partir de 2015. Entre 2016 et 2022, le territoire
enregistre une évolution annuelle moyenne de -0,07% par an. Le solde apparent des
entrées/sorties (solde migratoire) est nul depuis 2010. Le solde naturel (différence
entre les décès et les naissances) est négatif d’où un léger recul de la population
depuis 2016.
Un vieillissement accéléré de la population. La faible dynamique démographique
se traduit par un vieillissement accéléré de la population. Depuis 2016, le territoire
enregistre un accroissement de sa population âgée de plus de 60 ans de 1 121
personnes. Dans le même temps la population des 20-59 ans a diminué de 864
personnes et celle des moins de 20 ans de 209 personnes. Le territoire constate un
indice de jeunesse de 744. Cet indice est respectivement de 105 dans la métropole
grenobloise, 107 en Isère, 95 en AURA et 93 en France métropolitaine. Le territoire
constate un indice de vieillissement de 1025 contre 74 pour la Métropole, 71 pour le
Département, 81 pour la Région et 82 pour la France métropolitaine. Enfin,
l’indicateur de dépendance économique6 s’établit en Matheysine à 116 contre 99
pour la Métropole, 98 pour le Département et 100 pour la Région et la France
métropolitaine.
Il est à noter que ces moyennes cachent des disparités importantes au sein du
territoire communautaire. Les communes les plus proches de la Métropole ont une
meilleure dynamique démographique et enregistrent un vieillissement de la
population moins soutenu.
Évolution du nombre d'habitants par classe
d'âge
1 121
1 000
Nombre d'habitants
500
0
-209
-500
-1 000 -864
Moins de 20 ans 20-59 ans 60 ans et plus
Des ménages dominés par les ménages sans enfants. Le territoire compte 8 872
ménages. La taille des ménages : le nombre moyen d’occupants par résidence
principale s’établit à 2,10 contre une moyenne de 2,16 en France et 2,15 en France
métropolitaine. 67,4% des ménages du territoire sont des ménages sans enfant. La
moyenne française s’établit à 63,8%. Le territoire compte ainsi :
[4] L’indice de jeunesse est le rapport entre la population des jeunes de moins de 20 ans et la population des
personnes âgées de + de 60 ans. Plus l’indice est élevé, plus le rapport est favorable aux jeunes.
[5] L’indice de vieillissement est le rapport entre la population des plus de 65 ans et la population des moins de
20 ans. Plus l’indice est élevé plus il est favorable aux personnes âgées.
[6] L’indicateur de dépendance économique est le rapport entre la population des moins de 20 ans + la
population des + de 60 ans et la population des 20 à 59 ans. Il est jugé défavorable lorsqu’il est supérieur à 100 ce
qui signifie qu’il y a potentiellement plus de personnes inactives que de personnes potentiellement en âge de
travailler.
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New Deal 2025
37,6% de ménages composés d’une seule personne (moyenne française de
38,1%)
29,8% de couples sans enfants (moyenne française de 25,7%)
22,4% de couples avec enfant(s) (moyenne française de 23,4%)
8,7% de familles monoparentales (moyenne française de 10,1%)
Une population socialement homogène mais un déficit de cadres et professions
supérieures. En termes de catégories socioprofessionnelles (CSP), le territoire est
marqué par une sur-représentation des retraités (32,6% pour une moyenne
nationale de 26,9%), des ouvriers (13,3% contre 12,1% en moyenne) et des artisans,
commerçants et chefs d’entreprises (4,1% pour une moyenne de 3,5%). Il enregistre
un déficit dans la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures
(5,8% contre 9,5%) sauf dans la frange du territoire qui borde la métropole. Le
revenu médian par unité de consommation s’établit à 21 760 € contre 21 930 € pour
la moyenne nationale. Le revenu par UC des ménages du premier décile est
supérieur à la moyenne nationale (12 680 € contre 11 620 €) alors que le revenu des
ménages du 9ème décile est largement inférieur (34 350 € contre 39 600 €). Le rapport
interdécile s’établit à 2,7 (contre 3,4 pour la moyenne nationale) et atteste de
l’homogénéité de la population. S’agissant de la décomposition du revenu des
ménages, on note une sur-représentation des pensions, retraites et rentes (36,2%
contre une moyenne de 28,3%) et une sous-représentation des revenus d’activités
(65,2% contre une moyenne de 73,5%) et des revenus du patrimoine (8% contre une
moyenne de 10,1%). Le taux de pauvreté concerne 11,4% de la population contre
une moyenne nationale de 14,5%. Il est inférieur chez les locataires (23,6% contre
une moyenne de 27,8%) et légèrement supérieur chez les propriétaires (6,8% contre
une moyenne de 6,3%).
Répartition des catégories socioprofessionnelles :
territoire vs moyenne nationale
Territoire Matheysine
Moyenne nationale
50
40
33
Pourcentage
30 27
20
14
12
10
10
6
4 3
0
Retraités Ouvriers Artisants Cadres
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New Deal 2025
Un territoire en déficit d’emplois au regard du nombre d’actifs mais une
évolution de l’emploi positive. L’indicateur de concentration d’emplois s’établit à
66,2. Cela signifie que le territoire compte 66,2 emplois pour 100 actifs occupés
résidants. Cet indice s’est fortement dégradé puisque le territoire enregistrait un
indicateur de concentration d’emplois de 96,5 en 1975. Il faut cependant noter que
l’indicateur est relativement stable depuis 2008 et que seulement 25% des EPCI ont
un indicateur équivalent ou supérieur à 100. Il faut surtout noter que le territoire
compte aujourd’hui davantage d’emplois qu’il n'en comptait en 1975 (5 186 contre 4
985). La dégradation de l’indicateur est donc davantage liée à l’accueil d’actifs
supplémentaires qu’à la destruction d’emplois.
Le territoire compte 1 278 emplois de moins qu’en 2010. Cependant, il enregistre
depuis 2015 un taux d’évolution annuel moyen de l’emploi positif (+0,28% par an)
bien qu’inférieur à la moyenne nationale (+0,65%). On note également un
pourcentage d’actifs ayant une activité à temps partiel supérieur à la moyenne
nationale (20,4% pour une moyenne de 15,5%) notamment chez les femmes (33,5%
pour une moyenne nationale de 23,9%).
S’agissant de la répartition de l’emploi par secteur, on note une sur-
représentation des emplois dans l’industrie (15,1% des emplois pour une moyenne
nationale de 11,6%), dans la construction (9,9% des emplois pour une moyenne
nationale de 6,5%) et dans l’agriculture (4,8% des emplois pour une moyenne
nationale de 2,5%). Les emplois dans le tertiaire représentent 70,2% du total des
emplois contre 79,4% en moyenne nationale.
Les espaces agricoles constituent 16,7% de la surface du territoire soit 12 000 ha
selon l’inventaire Corine Land Cover du Ministère de la Transition Écologique. Le
Recensement Parcellaire Graphique IGN de 2023 fait état de 28 017 ha dont 13 026
ha de surface productive et 14 990 ha de surface peu productive dans laquelle on
inclut les jachères, les estimes & landes et diverses cultures particulières. La surface
agricole par habitant est aujourd’hui suffisante pour le régime alimentaire actuel. On
estime que 87% de la consommation actuelle pourrait théoriquement être couverte
par la production locale. Pour autant, 90% de la production est exportée et 90% de la
consommation locale est importée. Le secteur agricole représente 4,8% des emplois
pour une moyenne nationale de 2,4%. La spécialisation dominante de la production
agricole reste l’élevage (Ovins Caprins et autres herbivores 30,3% ; Bovin viande
20,9% et Bovin Mixte 16,3%). De fait, le secteur est marqué par une faible
dépendance à l’énergie (4,6 Gj/ha) et aux pesticides (0,23 fois la dose annuelle
maximale autorisée pour une substance donnée) mais par une forte dépendance à
l’eau d’irrigation (740 m3/ha). Les emplois du secteur de l’agriculture représentent
4,8% du total des emplois du territoire pour une moyenne nationale de 2,5%. Le
nombre d’actifs agricoles est cependant passé de 807 en 1988 à 297 en 2010, soit
une évolution de – 63%.
Le secteur du tourisme est en mutation. L’Alpe du Grand Serre est le symbole de
la vulnérabilité des stations de moyenne montagne. Le modèle historique sur lequel
se sont développées les stations de moyenne altitude est aujourd’hui condamné par
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New Deal 2025
le dérèglement climatique et les aléas liés à l’enneigement. Le territoire touche du
doigt les limites de l’hyperspécialisation de la mono-fonctionnalité touristique et la
vulnérabilité induite pour une partie du territoire. La pérennisation, durant une
période donnée à définir, d’une activité de ski offre un contexte de transition plus
favorable pour sortir de la dépendance au ski et à la mono-fonctionnalité touristique,
qu’un arrêt brutal de l’activité. Le territoire travaille donc à la fois sur une logique de
diversification touristique permettant de solidifier le modèle historique et sur une
logique de diversification fonctionnelle permettant de s’en émanciper.
Tableau synthétique du profil socio-économique du territoire
Territoire Moyenne
Indicateur Commentaire
Matheysine nationale
Nombre d’emplois (2023) 5 186 - +0,28%/an depuis 2015
Indice de concentration Déficit d’emploi par rapport
66,2 100
d’emploi aux actifs
Emplois à temps partiel 20,4 % 15,5 % Sur-représentation
Femmes en emplois à
33,5 % 23,9 % Forte sur-représentation
temps partiel
Retraités 32,6 % 26,9 % Population vieillissante
Ouvriers 13,3 % 21,1 % Légère sur-représentation
Cadres 5,8 % 9,5 % Déficit marqué
Industrie 15,1 % 11,6 % Sur-représentation
Construction 9,9 % 6,5 % Sur-représentation
Agriculture 4,8 % 2,5 % Sur-représentation
Tertiaire 70,2 % 79,4 % Sous-représentation
Surface agricole 16,7 % - Environ 12 000 ha
Actifs agricoles (2010) 297 - -63 % depuis 1988
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New Deal 2025
Des masses salariales captées par les actifs travaillant hors de l’EPCI,
supérieures aux masses générées par les actifs travaillant dans le territoire.
Les 7 500 actifs occupés du territoire bénéficient d’un montant total de masse
salariale de 142 millions d’€ par an. Les 44% d’actifs qui travaillent hors du territoire
rapatrient une masse salariale de 89 millions d’€. C’est davantage que les 53 millions
de masses salariales générées par les 56% d’actifs qui travaillent dans le territoire
mais aussi du total de masses salariales générées par les emplois du territoire (71
millions de masses salariales). Parmi les 89 millions de masses salariales captées par
les actifs travaillant à l’extérieur du territoire, 74,7% (66,5 millions d’€) sont générées
par des actifs travaillant dans Grenoble Alpes Métropole. Dans le même temps,
50,6% des masses salariales distribuées par le territoire de la Matheysine à des actifs
travaillant dans le territoire mais habitant en dehors, le sont à des actifs résidant
dans la métropole. Le second territoire bénéficiaire de masses salariales distribuées
aux actifs non résidants est le territoire du Trièves.
L’analyse des masses salariales captées et distribuées atteste de la forte
interaction et de la dépendance économique de la Matheysine par rapport à la
métropole de Grenoble. Le différentiel de salaire moyen entre ceux qui habitent et
travaillent en Matheysine (12 637 €) et ceux qui habitent en Matheysine mais
travaillent à l’extérieur et notamment dans la Métropole, atteste des dynamiques
exogènes dont bénéficie et que subit le territoire et appelle une forte vigilance sur
leur impact notamment sur l’évolution du coût de l’immobilier.
Un potentiel de captation perfectible mais un effet multiplicateur et un taux de
couverture en emplois présentiels satisfaisant. Le potentiel de captation permet
d’appréhender la capacité d’un territoire à capter de la richesse produite à l’extérieur
de son périmètre. Il est calculé en rapportant le volume total de revenus captés à la
population résidente. Plus le montant est important, plus le potentiel de captation
est élevé. Pour la Matheysine, le potentiel de captation s’établit à 4 692,86 € soit un
potentiel inférieur à celui de la CC du Grésivaudan (7 606,92 €) de la CC de Bièvre-Est
(7 142,54 €), de la CA du Pays Voironnais (6 252,8 €) et même de la CC Bièvre-Isère (5
682,75 €) ou la CC du Trièves (5 443,93 €). En revanche, l’effet multiplicateur montre,
grâce notamment aux fonctions de La Mure, la grande capacité du territoire à
redistribuer dans son économie locale les revenus captés à l’extérieur. L’effet
multiplicateur est calculé en rapportant le volume total de revenus captés au nombre
d'emplois présentiels. Exprimé en euros, l'effet multiplicateur peut se lire comme le
volume de revenus à capter pour créer un emploi présentiel supplémentaire.
Contrairement au potentiel de captation, plus le montant est élevé, plus l’effet
multiplicateur et le degré de redistribution sont faibles. Pour la Matheysine, l’effet
multiplicateur est de 24 5212,10 €. C’est largement plus performant que la CC du
Grésivaudan (40 734,86 €), la CC Bièvre-Est (50 102,43 €), la CC Bièvre-Isère (34
522,64). Ces données attestent de l’importance d’une centralité dans un territoire : la
Métropole bien évidemment (5 811,83 €), la Matheysine (24 512,10 €) et le Pays
Voironnais (27 621,85 €) sont, grâce à leur ville-centre, les territoires les plus
performants sur cet indicateur. Le territoire bénéficie également d’un bon taux de
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New Deal 2025
couverture en emplois domestiques7. Le taux (0,191) est inférieur à celui de la
Métropole (0,315) et du Pays Voironnais (0,226) mais supérieur au Grésivaudan
(0,189), à Bièvre-Isère (0,165) et à Bièvre-Est (0,143).
Un habitat qui demeure très typé et une situation du logement qui se tend. Le
territoire compte 13 241 logements dont 8 872 résidences principales (67% du parc),
3 391 résidences secondaires ou logements occasionnels (25,6% du parc) et 978
logements vacants (7,4% du parc). Le parc de logements est constitué à 77% de
maisons individuelles. 72% des occupants de résidences principales sont des
propriétaires occupants soit un taux très supérieur à la moyenne nationale (57,7%).
Le locatif social concerne 12% du parc et le locatif privé 16%. La demande de
logement social est faible : 1,7 demande pour 1 attribution pour une moyenne
nationale de 4,4 demandes pour 1 attribution.
24,7% du parc date d’avant 1910 pour une moyenne nationale de 12,5%. 42,8% du
parc a été construit entre 1946 et 1990 contre 49,4% au niveau national. La part des
logements construits depuis 1991 est inférieure à la moyenne nationale. Le parc est
composé essentiellement de grands logements. 71,7% des résidences principales
font 4 pièces et plus (moyenne nationale de 60,1%). La consommation foncière
demeure élevée avec 1 003 m2 consommés par logement supplémentaire entre
2009 et 2020.
La situation du logement se tend : depuis 2010, le territoire compte 522 résidences
principales supplémentaires pour 533 ménages supplémentaires. Le nombre de
logements vacants a diminué de 116 unités. Le prix moyen d’une vente de résidence
est de 160 620 €. C’est un prix relativement modeste au regard des prix constatés
dans les autres territoires du système grenoblois mais on note cependant une
augmentation de 16% entre 2020 et 2021. Il est à noter que 53% des acquéreurs ne
sont pas originaires du territoire.
Répartition du parc immobilier par type d’occupation
Logements vacants
7%
Résidences
secondaires
26%
Résidences principales
67%
[7] Le taux de couverture en emplois domestiques permet de mesurer la densité en emploi présentiel. Il est
calculé en rapportant le nombre d'emplois présentiels à la population totale. Plus le taux est élevé, plus le ratio
est important
15
New Deal 2025
Un poids important des résidences secondaires et une évolution positive de la
vacance du logement. Le territoire compte un nombre important de résidences
secondaires et de logements occasionnels (25,6% pour une moyenne nationale de
9,8%). Compte tenu du stock important, le rythme d’évolution du nombre de
résidences secondaires et de logements occasionnels est faible : 0,36% par an pour
une moyenne nationale de 1,32%. La vacance du logement a été un sujet
d’inquiétude ; celle-ci ayant fortement augmenté depuis 1999 particulièrement dans
les communes les plus peuplées. On note cependant un reflux de la vacance, preuve
des tensions que subit le marché du logement. Le taux de logements privés du parc
vacant s’établit à 7,4% pour une moyenne nationale de 8%. Il était à 8,7% en 2015.
Comme indiqué précédemment, le nombre de logements vacants baisse de 116
unités. Si l’on isole la vacance frictionnelle et que l’on se concentre sur la vacance
supérieure à plus de 2 ans, on constate que le taux du territoire est cependant
sensiblement plus élevé que la moyenne nationale : 5,4% du parc contre 3,4% pour la
moyenne. Ce taux est particulièrement élevé à La Mure (7,2%), Corps (6,6%),
Entraigues (6,6%), Laffrey (5,4%), Saint-Jean-de-Vaux (5,3%) et Pierre-Châtel (5,1%).
Un bon niveau d’équipements en matière de sport, loisirs, culture, éducation,
santé et commerce. Le territoire bénéficie pleinement des équipements et services
développés sur la ville centre qui s’inscrit dans la catégorie des centres structurants
d’équipements et de services. En matière de consommation (sauf pour les
hypermarchés et les banques), d’éducation et d’équipements périscolaires, de
services à la personne, de culture et d’accès à la santé, le territoire bénéficie de taux
d’équipements par habitant largement supérieur aux moyennes nationales. On note
cependant un déficit de médecins généralistes avec des indicateurs d’Accessibilité
Potentielle Localisée (APL) aux médecins généralistes inférieurs à la moyenne
nationale pour les communes les plus éloignées de la Métropole y compris La Mure.
Un capital naturel et écologique de très grande qualité mais un modèle
d’aménagement mettant le territoire sous tension d’un point de vue
environnemental. 80,6% de la surface du territoire est constituée de forêts et
milieux semi-naturels (30,6% en moyenne en France). 16,7% est constituée d’espaces
agricoles (51,1% en moyenne en France) et 1,5% de surface en eau (0,8% en France).
Entre 2011 et 2022, le territoire a artificialisé 80 ha d’Espaces Naturels Agricoles et
Forestiers (ENAF). La consommation foncière a été particulièrement soutenue en
2019 (13 ha) et en 2020 (15 ha). 73,38% du total de l’artificialisation est lié à l’habitat,
11,39% à l’économie, 6,53% aux infrastructures et 4,61% pour des usages mixtes. Le
territoire consomme 1 003 m2 d’ENAF pour créer 1 logement supplémentaire et 795
m2 d’ENAF pour créer 1 emploi supplémentaire. En matière de mobilité, le territoire
demeure fortement dépendant de la voiture individuelle : 89,4% des ménages
possèdent au moins 1 voiture et 43,8% en possèdent au moins 2. 84,6% des
déplacements domicile travail sont effectués en voiture (pour une moyenne
16
New Deal 2025
nationale de 69,8%) et seulement 2,5% en transport en commun (pour une moyenne
nationale de 15,3%) sachant que seulement 25,4% des actifs travaillent dans leur
commune de résidence et 44% en dehors du périmètre communautaire. 47% des
émissions de GES sont liées au routier, 30% à l’agriculture, 7,5% au résidentiel et
7,5% à l’industrie. La part du territoire communautaire en alerte sécheresse en
période estivale est en moyenne de 22% (moyenne des valeurs sur juillet-août en
2016 et 2020). Cette valeur est inférieure à la moyenne nationale. On note cependant
une hausse tendancielle entre 2012 et 2022 avec des épisodes plus marqués en
2017, 2018, 2020 et 2022. C’est un point de vigilance important sachant qu’on a vu
que le secteur agricole était marqué par une dépendance forte à l’irrigation avec un
prélèvement annuel de 1,1 million de m3 d’eau soit 740 m3/ ha de surface agricole
utile productive (hors prairies).
Répartition du territoire
Surfaces en eau
Espaces agricoles 1,5 %
16,7 %
Forêt et espaces semi-naturels
80,6 %
Répartition des usages de l’artificialisation
Usages mixtes
4,6 %
Infrastructures
6,5 %
Économie
11,4 %
Habitat
73,4 %
17
New Deal 2025
LES PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS DE LA PHASE
D’ÉCOUTE DES ACTEURS ET DE LA POPULATION
Les élus
Le territoire : une qualité de vie fruit d’un compromis entre qualité naturelle du
territoire, tranquillité, haut niveau de services et proximité des grandes villes.
La vision : la volonté de rendre le territoire plus attractif en veillant à ne pas
altérer ses atouts
L’intercommunalité : une fusion forcée, aujourd’hui digérée, mais un
élargissement du territoire qui pose la question de la vocation de
l’intercommunalité et l’équilibre entre petites et grande(s) commune(s)
Les habitants
L’utilisation et la pratique du territoire : l’influence métropolitaine et la
polarisation de La Mure
La perception des atouts et des handicaps du territoire : le cadre de vie
versus la mobilité
Les principales attentes : la mobilité et les services
18
@ CCM
New Deal 2025
Les principaux enseignements
de la phase d’écoute
Afin de nourrir la réflexion sur la construction d’une vision partagée de
l’évolution souhaitée du territoire, deux grandes enquêtes ont été organisées :
La première enquête conduite auprès des élus du territoire, et notamment des 43
Maires, a permis de recueillir leur vision du territoire et de ses enjeux, et leur vision
de l’intercommunalité et de l’articulation avec les communes.
La seconde enquête conduite auprès de la population a mis en lumière les
pratiques territoriales, les atouts et handicaps du territoire ainsi que leurs
attachements et attentes principales.
La vision à priori des élus
L’écoute des élus a permis de mettre en évidence 3 grands éléments
susceptibles de nourrir la vision de l’évolution souhaitée du territoire.
Le territoire : une qualité de vie fruit d’un compromis entre qualité
naturelle du territoire, tranquillité et proximité des grandes villes.
Les élus estiment que la Matheysine ne bénéficie pas d’une réputation à la
hauteur de sa grande qualité de vie. Ils considèrent que le territoire dispose
d’une grande qualité de vie. Celle-ci est le produit d’un compromis entre
plusieurs facteurs. En premier lieu, le cadre de vie, la qualité des paysages, le
rapport à la nature et la tranquillité. Le second atout évoqué est le haut niveau
de services et d’équipements dont disposent les habitants. Le troisième atout
évoqué est la proximité de grandes villes qui offrent des opportunités de
services mais aussi d’emplois aux habitants de la Matheysine même si les élus
souhaiteraient renforcer l’autonomie économique du territoire.
De ce point de vue il faut noter que les élus mettent fréquemment sur le même
plan Grenoble et Gap alors que le portrait territorial montre que le territoire se
situe intégralement dans le système métropolitain grenoblois et que l’influence
de territoires autres et notamment Gap, est extrêmement limitée. De manière
générale, la proximité de la Métropole est encore davantage vécue comme une
contrainte (avec notamment des flux de population l’été que le territoire régule
mal) que comme une opportunité. Les élus ont du mal à appréhender le réel
niveau d’interdépendance entre les 2 territoires.
19
New Deal 2025
La vision : la volonté de rendre le territoire plus attractif en veillant à ne
pas altérer ses atouts
La question du renforcement de l’attractivité du territoire tant d’un point de vue
résidentiel qu’économique est récurrente dans le discours des élus. Cependant,
ces derniers considèrent que l’enjeu principal est de trouver un équilibre entre
les politiques destinées à renforcer l’attractivité résidentielle, à attirer de
nouvelles entreprises sur le territoire, à développer le tourisme et les politiques
permettant de préserver les qualités naturelles du territoire, ses ressources, la
diversité de ses paysages, sa qualité de vie.
La question économique est très présente dans le discours des élus. Pour
beaucoup, c’est la capacité du territoire à proposer des emplois qui générera
son attractivité résidentielle. Existe en tout cas la crainte de voir le territoire
réduit uniquement à une fonction résidentielle, qui plus est des populations les
moins aisées de la Métropole. L’économie du territoire est encore jugée en
mutation : le territoire doit conserver une coloration industrielle. Le tourisme
est jugé comme un levier de développement économique mais la situation de
l’Alpe du Grand Serre illustre la nécessité de changer de modèle. L’agriculture
doit demeurer un pilier de l’économie.
Trois autres enjeux sont évoqués par les élus. L’habitat avec le sentiment chez
certains que la situation est en train de se tendre, le niveau de services à
maintenir et la question de la mobilité avec aujourd’hui une dépendance trop
forte à la voiture individuelle et un territoire qui handicape les personnes qui n’y
ont pas (les jeunes) ou plus (les personnes âgées) accès.
L’intercommunalité : une fusion forcée, aujourd’hui digérée, mais un
élargissement du territoire qui pose la question de la vocation de
l’intercommunalité et l’équilibre entre petites et grande(s) commune(s)
Au-delà de la manière dont s’est constituée l’intercommunalité, l’extension du
périmètre est perçue de manière ambivalente. La taille du territoire lui permet
aujourd’hui d’avoir de l’ambition, bien davantage en tout cas que la taille des
EPCI fusionnés. Elle permet de développer des politiques structurantes en
matière d’aménagement du territoire, de développement économique et de
promotion du territoire. La contrepartie est l’éloignement vis-à-vis du citoyen, la
perte de proximité avec les communes et le sentiment pour certains qu’entre le
grand territoire communautaire à 43 communes et les toutes petites
communes, il manque une échelle intermédiaire. Pour beaucoup
l’intercommunalité de la Matheysine est encore largement en construction.
20
New Deal 2025
Outre l’aménagement et le développement du territoire, la vocation de la
grande intercommunalité est de constituer un vecteur de solidarité entre les
communes. De ce point de vue, la technicité des services et de l’administration
de l’EPCI et sa capacité à aider les communes à faire, constituent un atout
supplémentaire.
L’élargissement du périmètre communautaire a également complexifié la
gouvernance de l’EPCI. La mise en débat reste perfectible. Les élus
reconnaissent cependant à la Présidente un grand mérite : avoir pacifié les
débats, dépolitisé l’intercommunalité et permis à toutes les composantes de
recommencer à travailler ensemble.
La question de la relation à la ville centre demeure en débat. Si le territoire est
perçu comme disposant d’un haut niveau de service, le mérite n’est pas attribué
à la centralité. L’enjeu du confortement de la ville centre et de ses fonctions
n’est pas verbalisé.
Les pratiques, les perceptions, les attachements et attentes des
habitants.
En miroir des entretiens des élus, l’écoute des habitants a permis de compléter
la vision des élus.
L’utilisation et la pratique du territoire : l’influence métropolitaine et la
polarisation de La Mure.
L’analyse des pratiques territoriales montre d’une part que la Matheysine est
véritablement un territoire à part entière du système métropolitain grenoblois
et que d’autre part La Mure joue parfaitement son rôle de centralité. L’influence
de la Métropole est particulièrement marquée en matière d’emplois, de
formations, de soins spécialisés et d’achats d’équipement. Le territoire bénéficie
d’une réelle autonomie fonctionnelle y compris sur des fonctions, comme les
achats d’équipements et les soins spécialisés, pour lesquels ce type de
territoires est généralement fortement dépendant. Cette autonomie
fonctionnelle est clairement liée aux fonctions de la ville centre. Elle constitue le
premier gisement d’emplois du territoire et au-delà, une ville ressource en
matière de consommation, de santé du quotidien, de formation, et même en
partie d’achats d’équipements et de soins spécialisés. L’analyse des pratiques
territoriales confirme les analyses statistiques du portrait territorial. À part 3
communes qui bénéficient des fonctions de Vizille, l’ensemble des autres
communes voient leurs habitants fréquenter les équipements et services de La
Mure qu’ils soient privés ou publics.
21
New Deal 2025
Outre la Métropole, aucun autre territoire, Gapençais, Trièves et Oisans
compris, n’exerce une influence significative sur le territoire et sur les pratiques
de ses habitants.
La perception des atouts et des handicaps du territoire : le cadre de vie
versus la mobilité
Comme les élus, les habitants considèrent que le principal atout du territoire
réside dans sa grande qualité de vie. La proximité de la nature, la qualité des
paysages et de l’environnement, le calme et la tranquillité. La vie à la campagne
et la convivialité en sont les principaux ingrédients. Cette qualité de vie
s’accompagne d’une grande capacité du territoire à protéger son
environnement et à maîtriser son urbanisation. Le niveau d’équipements et de
services et la proximité de Grenoble constituent le second niveau d’atouts du
territoire.
S’agissant des handicaps du territoire c’est la mobilité et notamment le manque
d’offres de transport en commun, l’enclavement du territoire et les difficultés de
circulation qui sont évoqués en priorité. Des différences significatives
apparaissent en fonction de l’âge. Les jeunes sont davantage concernés par le
déficit de l’offre en transports collectifs mais aussi plus attentifs à la question du
logement : 40% des répondant considèrent qu’il est de plus en plus difficile de
se loger en Matheysine aujourd’hui qu’il y a quelques années. A contrario, 57%
des 18-30 ans considèrent qu’il est aisé de trouver un emploi dans le territoire
alors que la moyenne sur l’ensemble de la population n’est que de 32%. Outre la
mobilité, le second handicap du territoire exprimé par les habitants concerne le
manque de certains services et équipements (offre pour les personnes âgées,
activités et lieux de rencontre pour les jeunes…) et le manque de médecins.
S’agissant des médecins, le sentiment de déficit d’offres est logiquement corrélé
à l’âge.
@ Le Grec @ Philippe David
22
New Deal 2025
Les principales attentes : la mobilité et les services
Les attentes spontanément exprimées par la population au travers de l’enquête
se structurent autour de 5 grands thèmes :
Le premier thème est logiquement celui de la mobilité et plus précisément
de l’accroissement de l’offre en transports collectifs ainsi que le
1 développement des infrastructures favorisant le développement de la
marche à pied et de la pratique du vélo et du vélo électrique
2 Le second thème concerne le développement des services de santé et
notamment la santé du quotidien
Le troisième thème concerne l’accompagnement du vieillissement.
Entrent dans cette catégorie à la fois le développement d’une offre de
3 logements adaptés, le développement des services permettant le maintien à
domicile et le développement des structures d’accueil pour les personnes
dépendantes
Le quatrième thème concerne le développement des actions en faveur de
la jeunesse. Apparaît ici l’idée que la jeunesse, contrairement à la petite
4 enfance et à l’enfance, contrairement aux familles et contrairement aux
personnes âgées est un public quelque peu délaissé par l’action publique
Le cinquième thème concerne la protection des ressources et du capital
5 environnemental du territoire, le renforcement de l’autonomie alimentaire
du territoire et le développement de l’agriculture et des circuits courts
L’analyse des attentes via les questions fermées fait émerger des thèmes
équivalents s’agissant notamment du développement des transports en commun
et de l’offre de santé du quotidien. La préoccupation de l’environnement et le
renforcement de l’agriculture locale apparaissent en troisième priorité
La question de l’emploi mais aussi de l’habitat est davantage présente que lors
des réponses spontanées.
23
New Deal 2025
LES ENJEUX, ORIENTATIONS ET OBJECTIFS
STRUCTURANT LE PROJET DE TERRITOIRE
5 grands enjeux structurant le projet de territoire
À l’issue des 4 premières étapes (portrait territorial, écoute des parties
prenantes, définition de la vision de l’évolution souhaitée du territoire et mise
en débat des enjeux), les élus communautaires ont choisi de structurer le
projet de territoire autour de 5 grands enjeux :
1 2
Mettre en œuvre un modèle Renforcer l’attractivité résidentielle
d’aménagement plus respectueux du territoire et retrouver une
de l’environnement et des dynamique démographique conforme
ressources du territoire ainsi que aux dynamiques du système dans
de la hiérarchie territoriale lequel s’inscrit le territoire
3 4
Recouvrer une dynamique Maintenir l’équilibre social et
économique et renforcer la générationnel du territoire
capacité du territoire à créer
des emplois locaux
5
Organiser l’action publique
dans une logique de bloc local
17 orientations répondent à ces 5 grands enjeux
24
New Deal 2025
Enjeu 1
Mettre en œuvre un modèle d’aménagement plus respectueux
de l’environnement et des ressources du territoire ainsi que de la
hiérarchie territoriale.
5 grandes orientations répondent à ce premier enjeu :
1 Doter le territoire des outils et documents cadres lui permettant
d’organiser et de réguler sa trajectoire.
Les élus communautaires ont clairement exprimé leur volonté de trouver un
équilibre entre les enjeux de dynamisation du territoire et les enjeux de
protection de ses ressources et de ses équilibres environnementaux. Dit
autrement, ils souhaitent que l’intercommunalité soit en capacité de réguler
l’évolution du territoire. L’état des lieux a montré que le modèle de
développement actuel du territoire avait tendance à mettre le territoire en
tension. Comme beaucoup de territoires, la Matheysine reste encore largement
prisonnière des principes de l’urbanisme fonctionnaliste, c’est-à-dire d’un
urbanisme construit sur une logique de spécialisation des espaces par fonction
et d’une organisation du territoire au service de la voiture particulière.
On mesure aujourd’hui à quel point ce modèle constitue une impasse
environnementale du fait notamment de la surconsommation foncière qu’il
entraîne mais aussi d’une sur-mobilité génératrice de gaz à effet de serre. On
doit aussi admettre qu’il constitue une impasse sociale tant il a contribué à
l’augmentation de la ségrégation résidentielle et même paradoxalement, une
impasse fonctionnelle : il est en effet largement responsable de l’affaiblissement
des centralités intermédiaires et rurales et de la déstabilisation des territoires.
Le changement de modèle d’aménagement est donc au cœur du projet de
territoire. Cette approche renouvelée de l’aménagement du territoire
implique notamment :
De doter le territoire des outils lui permettant de développer une
véritable politique foncière. Réguler le développement du territoire,
renforcer les prérogatives communautaires en matière d’aménagement du
territoire suppose de basculer d’une logique de consommation d’espaces
vierges à une logique d’optimisation des espaces déjà bâtis mais aussi,
compte tenu de la raréfaction du foncier, de renforcer la maîtrise publique
des secteurs à enjeux. La Communauté doit donc se doter à la fois d’une
stratégie (quels sont les secteurs dans lesquels la maîtrise foncière
publique est indispensable) et d’un outil au service d’un portage public du
foncier.
C’est dans cette perspective qu’elle a souhaité adhérer à l’Établissement Public
Foncier Local du Dauphiné.
25
New Deal 2025
Doter le territoire des documents de planification d’échelle
intercommunale. Les élus considèrent que l’ambition de régulation du
territoire implique nécessairement l’organisation d’une planification à l’échelle
territoriale. Ils souhaitent donc que le territoire se dote d’un Plan Local
d’Urbanisme Intercommunal. La loi ALUR a conforté la compétence de plein
droit des EPCI en matière d’élaboration des documents d’urbanisme
Toutefois, elle a instauré une possibilité pour les communes membres de
s’opposer par délibération. C’est ce mécanisme qu’a activé la Communauté au
début du mandat 2020-2026.
Les élus souhaitent donner à la Communauté, avant même la fin du mandat 2026,
la capacité juridique d’élaborer un PLU I
L’état des lieux mais aussi l’analyse des pratiques territoriales des habitants ont
montré à quel point le territoire de la Matheysine s’inscrivait dans le système
métropolitain de l’Aire grenobloise. Les élus ont voté la mise en révision du
Schéma de Cohérence Territoriale de l’Aire Grenobloise adapté en 2012. Avec la
généralisation des PLU I, les SCOT ont désormais vocation à organiser les
équilibres et à réguler les interdépendances entre territoires d’un même système
territorial.
Compte tenu de l’importance des liens interterritoriaux de la Matheysine avec les
autres territoires du système métropolitain grenoblois au premier rang desquels,
Grenoble Alpes Métropole, les élus communautaires ont choisi de solliciter l’EP SCOT
afin que la Matheysine bénéficie d’un statut de territoire associé lors de la révision et
puisse faire valoir ses enjeux spécifiques et sa vision des équilibres au sein de la
grande région urbaine.
2 Conforter la ville centre et son unité urbaine.
Le diagnostic a permis de prendre la mesure de l’importance de la ville centre
dans l’organisation et l’équilibre du territoire. La Matheysine a en effet la chance
de bénéficier d’une ville centre. La Mure et son unité urbaine8 concentrent 60%
des emplois du territoire. Mais La Mure, c’est aussi une « ville ressource » qui
développe des fonctions sanitaires, éducatives, commerciales et culturelles dont
bénéficient l’ensemble des habitants du territoire et pas uniquement les
résidents de la commune. On a vu en effet dans le portrait territorial que 94% de
la population du territoire s’inscrit dans le bassin de vie de La Mure qui d’ailleurs
rayonne bien au-delà du périmètre communautaire. On a évoqué
précédemment l’urbanisme fonctionnaliste qui, par sa logique de spécialisation,
avait contribué à la « périphérisation » des fonctions, et à l’affaiblissement des
centralités. Le récit territorial de la décentralisation et la revendication d’un droit
au développement de tous les territoires et de toutes les parties des territoires
au nom de l’égalité territoriale ont également généré des concurrences internes,
[8] L’unité urbaine de La Mure est composée des communes de La Mure, Susville et Ponsonnas. La notion
d’unité urbaine repose sur la continuité du bâti (ville « physique » en opposition à la ville institutionnelle). Il s’agit
d’une commune ou d’un ensemble de communes d’au moins 2 000 habitants présentant une zone de bâti
continu (pas de coupure de plus de 200 mètres entre 2 constructions). La France compte 2 467 unités urbaines.
26
New Deal 2025
entre les villes centres et leur unité urbaine, entre les unités urbaines et le reste
du territoire qui ont également contribué à affaiblir les centralités ; les petites
centralités et les centralités rurales notamment qui sont particulièrement
dépendantes de leur territoire environnant pour amortir leurs fonctions de
centralités. Enfin, on sait que les différentes réformes fiscales dans le
prolongement de la mise en œuvre de la Taxe Professionnelle Unique ont
considérablement amoindri les marges financières des centralités.
On doit faire le constat, à l’échelle de la Matheysine, que l’ensemble des
concurrences internes est loin d’avoir disparu, notamment à l’échelle de l’unité
urbaine, sur les fonctions commerciales et économiques. Il est également
nécessaire d’admettre que le territoire dans son ensemble pourra difficilement
prospérer si sa commune centre connaît des difficultés. De fait, le rayonnement
de la centralité est un enjeu qui concerne l’ensemble du territoire. C’est un enjeu
qui doit être au cœur de l’ambition de régulation et d’aménagement voulue par
l’intercommunalité.
@ Le Grec
Le projet de territoire affirme donc sa volonté de confronter la ville centre :
Dans sa fonction de lieu ressource en termes d’équipements et de services
pour l’ensemble des habitants. Il s’agit donc de respecter la hiérarchie
territoriale de la Matheysine, de reconnaître le rôle spécifique de La Mure et
de supprimer toutes les concurrences internes au territoire qui
contribueraient à affaiblir son rayonnement.
Dans sa fonction de locomotive économique du territoire. Au-delà des
équipements et des services, il s’agit de conforter la fonction économique de
La Mure. La tertiarisation de l’économie locale et la volonté de sortir de la
zone dédiée comme unique réponse aux besoins des acteurs économiques
offrent la possibilité de développer des produits d’accueil dans la centralité
(voir orientation 3 et voir enjeu n°4).
L’Opération de Revitalisation de Territoire (ORT) de La Mure s’inscrit dans cette
ambition de confortement des fonctions de centralité de La Mure.
27
New Deal 2025
3 Mettre en œuvre les politiques permettant au territoire d’atteindre la
neutralité foncière.
Le Projet de territoire a été élaboré dans la perspective d’inscrire le territoire
dans la double trajectoire de neutralité foncière et de neutralité carbone à 2050
prévue par la loi Climat et Résilience du 22 août 2021. La proposition de loi
TRACE adoptée par le Sénat le 19 mars 2025 vise à assouplir les mesures de
réduction de l’artificialisation tout en maintenant l’objectif de neutralité foncière
en 2050. Sans préjuger de l’attitude de l’Assemblée Nationale sur la proposition
du Sénat, on doit constater que la préservation des sols est au cœur du défi
environnemental. L’artificialisation des sols constitue le principal facteur de perte
de biodiversité et de perte des fonctions écologiques des sols. Elle est aussi au
cœur de la trajectoire du Zéro Émission Nette via le maintien des capacités de
stockage du carbone des sols. Elle est enfin au cœur de la préservation des
ressources et notamment du cycle de l’eau et de la lutte contre les inondations.
L’état des lieux a mis en lumière le fait que la consommation foncière continuait
à être élevée du fait même du modèle d’aménagement avec notamment 1 003
m2 d’ENAF9 consommés pour 1 logement supplémentaire et 795 m2 pour un
emploi supplémentaire.
Le projet de territoire souhaite donc mettre en œuvre l’ensemble des politiques
permettant au territoire d’atteindre l’objectif de neutralité foncière.
Cinq grands leviers ont été identifiés :
Penser un modèle d’aménagement moins consommateur de foncier et
1
moins générateur de mobilité. Comme évoqué précédemment, le
changement de modèle d’aménagement est au cœur de la stratégie de
bifurcation environnementale du territoire. Il s’agit notamment de sortir de la
logique du zoning et de revenir à une logique de mixité fonctionnelle et
d’hybridation des espaces. Il s’agit également de promouvoir un
aménagement des courtes distances, de mettre fin à l’étalement urbain et au
développement de la ville et du village par les franges, et de diminuer les
besoins de mobilité et de la dépendance à la voiture individuelle, rendre plus
« compétitifs » les modes doux.
Développer des formes urbaines moins consommatrices de foncier et
2
plus respectueuses de l’architecture vernaculaire. Outre la forte
consommation foncière par logement supplémentaire, on constate que la
production de logements demeure très typée avec un parc de logements peu
en phase avec l’évolution de la structure des ménages et qui répond mal aux
différentes étapes du parcours résidentiel. L’ambition affichée est de
développer des formes urbaines plus compactes, moins consommatrices de
foncier en s’inspirant de l’habitat mixte développé de l’activité minière du
territoire.
[9] ENAF : Espace Naturel Agricole et Forestier
28
New Deal 2025
Réserver l’accès aux zones dédiées aux activités incompatibles avec
3 l’habitat. Le second motif de consommation foncière dans le territoire,
comme à l’échelle nationale, demeure l’économie. Le volume de
consommation foncière par emploi supplémentaire (795 m2) montre que le
territoire reste prisonnier d’une logique dans laquelle la zone économique
dédiée demeure la principale, pour ne pas dire l’unique, réponse aux besoins
des acteurs économiques et ce, quels que soient les secteurs d’activité. À
l’origine, la zone dédiée a vocation à accueillir des activités économiques qui,
pour des raisons de nuisances ou de risques, ne sont pas compatibles avec la
proximité de l’habitat. Si elles conservent une coloration productive forte, on
doit cependant constater que l’industrie et l’agriculture ne représentent plus
que 15,1% et 4,8% des emplois du territoire. Une part considérable des
emplois et notamment les emplois tertiaires (70,2% des emplois du territoire)
ne présentent aucun risque avec la proximité des habitations et ont donc
vocation à être localisés en priorité dans les centralités dans une logique de
mixité fonctionnelle.
Densifier les espaces économiques et inciter à la construction en
4
hauteur. Compte tenu de la raréfaction du foncier économique, il est
important de réserver l’accès aux zones dédiées aux activités incompatibles
avec l’habitat ; l’industrie notamment. Il est aussi important de conduire un
effort important de densification des zones dédiées. On sait en effet que la
densité des zones dédiées en France n’est en moyenne que de 18%. La
densification des espaces bâtis et des réserves foncières, la construction de
bâtiments en hauteur ou encore la mutualisation de certaines fonctions
particulièrement consommatrices de foncier (le stationnement par exemple)
permettent d’économiser le foncier économique.
Réhabiliter les friches économiques disposant d’un potentiel suffisant.
5
La Matheysine est un territoire industriel ancien. Il dispose de friches
potentiellement mobilisables dès lors qu’elles disposent d’un potentiel
suffisant et que le coût du proto-aménagement n’est pas rédhibitoire.
@ CCM
29
New Deal 2025
4 Mettre en œuvre les politiques permettant au territoire d’atteindre la
neutralité carbone.
Outre la neutralité foncière, le Projet de Territoire vise à permettre au territoire
d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Quatres pistes de travail principales
ont été identifiées :
1 Décarboner la mobilité, l’économie et le bâti. Il s’agit en premier lieu de
réduire les émissions de GES des secteurs les plus émetteurs. Aux 3 secteurs
identifiés, il convient d’ajouter l’agriculture qui représente le second secteur le
plus émetteur.
Développer les énergies renouvelables. Il s’agit de décarboner le mix
2 énergétique du territoire et de renforcer la production d’énergies
renouvelables locales.
Préserver les puits carbones naturels du territoire (forêt, foncier
3
naturel, foncier agricole). Comme pour le ZAN (équilibre entre les espaces
artificialisés et les espaces renaturés), la neutralité carbone suppose un
compromis entre la réduction des émissions et le maintien de la capacité des
puits naturels à stocker du carbone. Les espaces agricoles (16,7% du territoire
communautaire) mais surtout les forêts et les milieux semi-naturels (80,6% du
territoire) constituent les 2 principaux puits carbone naturels du territoire. Le
territoire doit donc veiller à maintenir la bonne santé de ses sols et de ses
forêts.
La finalisation du PCAET10 répond à l’ambition d’atteindre la neutralité
carbone.
Reterritorialiser l’alimentation. On a vu dans le portrait territorial que,
4
compte tenu du régime alimentaire actuel des habitants, 87% de la
consommation locale pourrait théoriquement être couverte par la production
locale. Pour autant, 90% de la consommation locale est aujourd’hui importée.
La Matheysine développe depuis 2021 un Projet Alimentaire Territorial visant au
renouvellement des générations d'exploitants agricoles, à la reterritorialisation de
l'alimentation dans un périmètre qui offre une grande diversité de produits mais
qui souffre de mise en réseau et de logistique locale et à résorption de la précarité
alimentaire
[10] PCAET : Plan Climat Air Energie Territorial
30
New Deal 2025
5 Doter le territoire de l’observation et des procédures lui permettant
de ne pas dépasser ses limites environnementales.
Le Projet de Territoire de la Matheysine s’inscrit dans une logique de bifurcation
environnementale. Il ne s’agit plus de juxtaposer des politiques
environnementales, aussi ambitieuses soient-elles, avec des politiques de
développement classique ; mais de prendre la mesure de la finitude des
ressources et de conditionner le développement du territoire au respect de ses
limites environnementales.
Organiser la gouvernance de la ressource en eau et son
contingentement entre les différents usages et besoins. La crise de l’eau a
particulièrement fait toucher du doigt cette question des limites et de la
finitude. Même pour la Matheysine, la part du territoire en alerte sécheresse
est de 22% en moyenne entre 2016 et 2020. Cette prise de conscience ouvre
un front politique : dès lors que l’on considère que la ressource est limitée et
que l’ensemble des activités humaines menacent sa pérennité, il est
forcément nécessaire d’organiser son contingentement à l’échelle globale
mais aussi à l’échelle locale. Aujourd’hui, chaque composante de la société
dont le modèle traditionnel est potentiellement menacé par une limitation de
l’accès à la ressource, s’estime légitime à revendiquer l’usage des ressources
pour son propre compte et pour ses propres intérêts. L’élargissement et
l’approfondissement de la conscience environnementale s’accompagnent
ainsi paradoxalement d’une forte radicalisation des positions autour des
intérêts individuels et catégoriels. Il est donc nécessaire, à l’échelle globale
mais aussi locale d’organiser des processus délibératifs permettant de limiter
et de répartir, entre les différents besoins et entre les différents usages, une
ressource désormais contingentée.
La mise en œuvre du Schéma directeur Eau & Assainissement, le
confortement de la Commission locale de l’Eau et l’élaboration d’un Projet de
Territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) constituent les principaux outils pour
la mise en œuvre d’une gouvernance de la ressource en eau.
Doter le territoire des indicateurs lui permettant d’évaluer la
soutenabilité de son modèle d’aménagement et de développement. La
gouvernance de la ressource et le pilotage du territoire par ses limites
environnementales supposent de compléter de manière significative
l’observation territoriale. Il ne s’agit plus uniquement d’observer des
dynamiques socio-économiques et socio-démographiques mais de disposer
d’observatoires permettant de suivre en continu l’évolution des ressources,
de la biodiversité et plus globalement de l’ensemble du « vivant non humain
».
31
New Deal 2025
Enjeu 2
Renforcer l’attractivité résidentielle du territoire et retrouver
une dynamique démographique conforme aux dynamiques du
système dans lequel s’inscrit le territoire
3 grandes orientations répondent à ce deuxième enjeu :
6 Faire de la politique du logement une politique clé pour renforcer
l’attractivité du territoire.
Les territoires ont longtemps pensé que leur attractivité était directement
dépendante de leur performance économique et de leur capacité à proposer des
emplois. On sait cependant que les stratégies résidentielles des ménages ont
profondément changé au cours des dernières décennies. À l’origine, les choix
résidentiels des ménages étaient conditionnés par la proximité immédiate de
l’emploi. Mais avec le développement du travail féminin et l’explosion du nombre
de ménages biactifs, avec la baisse du temps consacré au travail et le
développement du télétravail, avec l’accélération de la mobilité professionnelle,
le choix d’un lieu de résidence est de plus en plus conditionné par la qualité de
l’offre de logements et la qualité de l’offre de services qu’est susceptible de
proposer un territoire ainsi que l’accès à la mobilité. On sait également, dans une
société désormais largement tertiarisée, que la bonne dynamique
démographique d’un territoire conditionne sa dynamique économique et donc
sa capacité à créer des emplois.
La politique de l’habitat est l’une des politiques les plus transversales de
l’aménagement. Elle est aussi aux confins non seulement de la problématique
d’aménagement mais aussi de la problématique d’attractivité, de la
problématique sociale et bien évidemment de la problématique
environnementale avec la nécessité de réduire fortement la consommation
foncière liée au logement, puisqu’elle constitue la première cause
d’artificialisation des sols.
La politique du logement constitue donc une politique clé du Projet de Territoire
et l’intercommunalité a vocation à s’imposer comme l’autorité organisatrice de la
politique du logement.
Pour ce faire, les élus communautaires ont choisi d’élaborer un PLU I valant
Programme Local de l’Habitat le 26 décembre 2025
Cinq grands objectifs devraient le structurer :
Diversifier l’offre de logements permettant d’organiser un parcours
1
résidentiel à l’échelle du territoire. L’état des lieux initial montre que la
production de résidences principales demeurait très typée en Matheysine. Le
territoire doit cependant se saisir de l’évolution radicale des structures
démographiques : 67,4% des ménages du territoire sont des ménages sans
32
New Deal 2025
enfant dont 37,6% de ménages composés d’une seule personne. Enfin, on sait
que les parcours de vie sont aujourd’hui de plus en plus chaotiques et plus
complexes et que, non seulement les Français n’aspirent pas tous au même
type de logement mais que de surcroît ils aspirent à des logements différents
tout au long de leur parcours de vie. Ces constats impliquent de développer
une gamme de logements large permettant d’organiser le parcours
résidentiel. Ce parcours ne peut bien évidemment pas être géré à l’échelle de
chaque commune mais bien à l’échelle du territoire. On sait par exemple que
le vieillissement de la population est propice au retour des ménages dans les
centres-villes afin d’être plus près des services et moins dépendant de la
voiture individuelle. Cela suppose cependant de développer une offre
adaptée qui fait encore défaut.
Développer une politique de réhabilitation/rénovation et anticiper les
2 effets de la Loi Climat & Résilience (ZEN) sur la vacance. La loi du 22 août
2021 prévoit que les résidences principales ayant un DPE11 G en 2025, F en
2028 et E en 2034 seront considérées comme indécentes et ne pourront pas
être louées en l’état. L’impact sur la vacance ne sera pas immédiat mais il est
inéluctable à terme en l’absence d’une politique publique ambitieuse de
rénovation thermique du parc privé. Une estimation du nombre de
logements concernés à partir d’un modèle de l’ADEME montre 6 500
logements soit 41,5% du total des résidences principales qui est concerné (3
089 logements ayant un DPE G ou F et 3 473 ayant un DPE E). On note
également que la vacance et notamment la vacance structurelle (logements
inoccupés depuis plus de 2 ans) est particulièrement importante dans la
centralité (7,2% de vacance structurelle à La Mure) et les polarités
intermédiaires (6,6% de vacance structurelle à Corps) et que les dispositifs de
revitalisation (ORT de La Mure) font de la diminution de la vacance des
logements en centre-ville et centre-bourg et pas uniquement du commerce,
l’un des principaux leviers de redynamisation. Ces constats orientent
fortement les politiques du logement qui, jusqu’à aujourd’hui, étaient
essentiellement centrées sur la production de logements neufs. La
réhabilitation des logements dégradés et/ou la reconfiguration du bâti
existant sont désormais au cœur des politiques du logement.
Développer une offre de logements abordable. Contrairement à d’autres
3
territoires du système métropolitain grenoblois, la Matheysine dispose
encore d’une offre de logements abordable. On note cependant une
augmentation significative du marché de l’immobilier : + 16% entre 2020 et
2021. On sait également que plus de la moitié des nouveaux acquéreurs ne
sont pas originaires du territoire. On voit bien se dessiner un processus
d’arrivée sur le territoire de ménages originaires de la Métropole qui
disposent d’un pouvoir d’achat supérieur aux actifs qui travaillent dans le
territoire et qui tendent à faire monter les coûts de l’immobilier au détriment
[11] DPE : Diagnostique de Performane Énergétique
33
New Deal 2025
des locaux. On a vu notamment au travers de l’étude de la population les
inquiétudes des ménages les plus jeunes quant à leur capacité à se loger
dans de bonnes conditions. Les taux d’effort des ménages consacrés au
logement sont de plus en plus importants. Si la demande de logement social
est aujourd’hui faible dans le territoire (1,7 demande pour 1 attribution pour
une moyenne nationale de 4,4 demandes pour 1 attribution) celui-ci doit
anticiper pour s’assurer qu’il disposera à l’avenir d’une offre de logements
abordable pour certaines catégories de ménages. Dans cette perspective, il
est nécessaire d’étudier l’opportunité de développer les logiques de Bail Réel
Solidaire en Matheysine.
Développer une offre de logements adaptée au vieillissement. La
4 question de l’accompagnement du vieillissement est abordée globalement
dans l’enjeu n°4. S’agissant de la politique du logement, l’enjeu est de mettre
en marché un nombre de logements adaptés suffisant qui permettent aux
personnes qui vieillissent mais qui restent autonomes de continuer à vivre
chez elles le plus longtemps possible. Comme évoqué dans la partie relative
au parcours résidentiel, cette offre spécifique doit être déployée dans les
communes qui permettent aux ménages âgés d’être au plus près des services
et le moins dépendant de la voiture.
Organiser un équilibre entre l’offre dédiée aux résidents permanents et
5
l’offre dédiée à l’activité touristique et aux résidents occasionnels. L’état
des lieux initial a montré, parmi les singularités du territoire, le poids
important des résidences secondaires et de logements occasionnels (25,6%
pour une moyenne nationale de 9,8%). On connaît la problématique des « lits
froids » sur certains territoires mais aussi, dans des territoires dont la
situation du logement devient tendue, la difficulté à maintenir un minimum
de lits touristiques. On sait aussi que les lits touristiques n’ont pas été
exemptés du dispositif ZEN. La loi du 9 novembre 2024 visant à renforcer les
outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale, dite loi « Le
Meur » offre de nouveaux outils aux autorités compétentes en matière de
planification afin de maintenir un équilibre entre résidents permanents et
résidents occasionnels. Elle permet notamment de délimiter des secteurs où
les constructions nouvelles de logements sont soumises à une obligation
d’usage au titre de résidence principale.
7 Faire de la Matheysine un territoire à haut niveau de service.
Le développement d’un territoire à haut niveau de service constitue, avec la
politique du logement, le second pilier de la stratégie visant à renforcer
l’attractivité résidentielle du territoire. L’accroissement de la dissociation spatiale
entre les lieux de résidence, les lieux de travail et les lieux de services, la
désynchronisation et l’individualisation des rythmes de vie (seulement 37% des
34
New Deal 2025
actifs ont désormais une journée de travail standard) rendent les ménages et
notamment les ménages les moins aisés de plus en plus dépendants des
services publics pour l’organisation de leur vie quotidienne. Grâce
notamment à sa centralité, le territoire de la Matheysine dispose d’ores et
déjà d’un bon niveau d’équipements et de services même si, de fait, il
demeure concentré sur certaines parties du territoire.
Outre le niveau de services en tant que tel, la réflexion a également porté sur
les conditions d’accès aux services. Les équipements et services ont
historiquement été déployés dans une logique de proximité avec le lieu de
résidence. On sait cependant qu’avec l’évolution des modes de vie, la
proximité, au sens géographique, ne suffit plus à assurer un accès équitable
aux équipements et services. Le « nomadisme territorial » quotidien et la
modification des temporalités rendent plus complexe l’organisation des
services et la question est désormais celle de l’organisation de l’accessibilité
aux services que celle de leur proximité géographique.
Trois secteurs permettant de rehausser le niveau de services du territoire
sont particulièrement visés :
Conforter l’offre éducative. Comme évoqué dans l’orientation n°6, les
stratégies résidentielles des ménages ont, par choix mais aussi beaucoup par
contrainte, profondément évolué. Historiquement conditionnées par la
proximité de l’emploi, elles sont désormais de plus en plus dépendantes de
l’accès au logement, aux services et à la mobilité. Parmi les critères de choix
d’un nouveau lieu de résidence, l’offre éducative, l’offre culturelle et l’offre de
soin, jouent au même titre que la possibilité de bénéficier d’un meilleur
logement, un rôle de plus en plus important. L’offre éducative est
particulièrement plébiscitée ; la volonté des ménages étant de donner à leurs
enfants les meilleures chances de réussite.
Les élus souhaiteraient doter le territoire d’un Projet Éducatif territorial (PEDT). Le
PEDT est une démarche partenariale avec les services de l’État et l’ensemble des
acteurs éducatifs locaux dont l’objectif est de proposer à chaque enfant un
parcours éducatif cohérent et de qualité avant, pendant et après l'école,
organisant ainsi, dans le respect des compétences de chacun, la complémentarité
des temps éducatifs. Il constitue un facteur d’attractivité du territoire et contribue
au maintien et à l’installation des familles sur celui-ci.
Conforter les services accompagnant la vie quotidienne des familles. La
Communauté de commune de la Matheysine a été signataire en décembre
2022 d’une Convention Territoriale Globale. Celle-ci vise notamment à aider
les familles à concilier vie familiale, vie professionnelle et vie sociale ; à
développer les actions de soutien à la parentalité et à rendre plus équitable,
35
plus accessible et plus performante l’offre de services aux habitants de la
Matheysine.
Outre les actions prévues dans le cadre de cette convention qui coure jusqu’en
décembre 2027, les élus ont souhaité mettre l’accent sur le développement de
l’offre de loisirs sans hébergements
Renforcer l’offre sanitaire. Le territoire de la Matheysine a la chance de
bénéficier d’un centre hospitalier à La Mure avec notamment un service
d’urgences et un centre périnatal. L’enquête auprès de la population a
cependant mis en lumière l’émergence d’une inquiétude sur l’évolution de
l’offre de médecine de ville et le nombre de médecins généralistes dans le
territoire. Un indicateur, l’Accessibilité potentielle localisée (APL) aux
médecins généralistes permet d’objectiver la situation. Il s’agit d’un indicateur
local qui met en évidence les disparités d’offres de soins en fonction de la
demande et l’offre présente dans le territoire et dans chaque commune mais
aussi accessible (offre à proximité). L’APL tient également compte du niveau
d’activité des professionnels en exercice ainsi que de la structure par âge de
la population de chaque commune qui influence les besoins de soins. Il est
exprimé en nombre de consultations par an et par habitant. L’APL de la
Matheysine se situe à 3,8 consultations par an et par habitant soit exactement
@ CCM
@ CCM @ CCM
36
New Deal 2025
le score national moyen. Cette moyenne cache cependant de fortes disparités
entre les communes : l’ALP de La Mure est de 5,2 et même de 9,5 à Corps
mais proche de 0 pour certaines communes.
Les élus souhaitent doter le territoire d’un Contrat Local de Santé dont la vocation
est de réduire les inégalités sociales et territoriales de santé.
8 Répondre au besoin de mobilité alternative des habitants et
accompagner les « non mobiles ».
L’étude conduite auprès de la population a mis en évidence le fait que l’absence
d’une réelle alternative à l’usage de la voiture individuelle constitue, aux yeux des
habitants, le principal handicap du territoire. Elle a également révélé que la
principale attente manifestée concernait l’accroissement de l’offre en transports
en commun et le développement des infrastructures favorisant la pratique de la
marche à pied et du vélo. L’étude a enfin montré que les attentes de transports
collectifs et d’infrastructures pour les modes actifs étaient particulièrement
élevées auprès des moins de 30 ans.
La faible densité du territoire (30 habitants/km2 pour une moyenne
départementale de 174 et une moyenne nationale de 107 habitants12),
l’éparpillement de la population (40 communes de moins de 1 000 habitants et
15 communes de moins de 100 habitants) mais également le mode
d’aménagement qui a prévalu jusqu’à aujourd’hui (urbanisme fonctionnaliste)
ont rendu les ménages du territoire particulièrement dépendants de la voiture
particulière : 89,4% possèdent au moins (81,2% moyenne nationale) une voiture
et 43,8% 2 voitures au moins (34,4% en moyenne nationale). La dernière enquête
Ménages-Déplacements réalisée en 2020 montre qu’en moyenne, un habitant du
territoire consacre 59 minutes par jour à se déplacer et parcourt 32 kilomètres
(contre 16 km pour un habitant de la Métropole, 26 km pour un habitant du Pays
Voironnais et 29 km pour un habitant du Grésivaudan). 79% des déplacements
sont des déplacements internes au territoire de la Matheysine et 15% sont des
territoires en échange avec la Métropole de Grenoble. 60% du total des
déplacements sont effectués en voiture (contre 41% pour un habitant de la
Métropole,) 30% en marche à pied, 5% en transport en commun et 2 % à vélo
sachant que la part modale de la voiture monte à 84,6% s’agissant des
déplacements entre le domicile et le travail. Les déplacements « obligés » (travail
et études) représentent 36% du total des déplacements dont 26% pour le seul
motif du travail. Les achats représentent 17% du total des déplacement et les
loisirs 18%.
[12] 107 habitants par km2 pour l’ensemble du territoire, 118,2 habitants par km2 pour la France métropolitaine 37
New Deal 2025
Parmi les grandes stratégies à disposition des territoires s’agissant de
l’organisation de la mobilité, la première consiste à diminuer les besoins de
mobilité. Cette stratégie s’inscrit dans la volonté de mettre en œuvre un nouveau
modèle de développement et d’aménagement (cf enjeu n°1). On sait en effet que
la mobilité a explosé avec la mise en œuvre, à partir des années 60, des principes
de l’urbanisme fonctionnaliste : plus on éclate les fonctions, plus on spécialise les
espaces, plus on génère de la mobilité. Plus on s’étale, plus on s’éloigne des
centralités, plus on se rend dépendant de la voiture individuelle. Il s’agit donc de
sortir de la logique de spécialisation des espaces, de revenir à une logique de
mixité fonctionnelle et d’organiser un aménagement des courtes distances qui
d’une part diminue les besoins de mobilité et d’autre part réduit la dépendance à
la voiture individuelle en rendant les autres modes et notamment les modes
actifs, plus compétitifs.
La seconde famille de stratégie concerne les stratégies classiques de report
modal. Compte tenu de la faible densité et de l’éparpillement de la population, il
est particulièrement difficile et particulièrement coûteux, dans les territoires tels
que la Matheysine, de développer une offre en transports en commun qui, en
termes de couverture et en termes de fréquence, offre une réelle alternative à la
voiture individuelle. Les élus ont donc choisi de privilégier, dans le cadre du
projet de territoire, le développement des mobilités actives et le développement
d’une offre spécifique auprès des publics les plus éloignés de la mobilité
individuelle.
Indicateurs clés d’une forte dépendance automobile
89,4 % des ménages ont au moins 1 voiture
43,8 % au moins 2 voitures
59 minutes par jour consacrées aux déplacements
32 km parcourus par jour
30 hab/km² (vs 107 France)
Répartition modale des déplacements des habitants
60 % voiture (84,6 % pour domicile-travail)
30 % marche
5 % TC
2 % vélo
Trois pistes de travail on été recensées :
Développer les mobilités actives. Comme évoqué, la configuration du
1
territoire rend particulièrement difficile une stratégie de report modal de la
voiture vers les transports en commun. À l’inverse le développement des
modes actifs (marche à pied et vélo) offre un potentiel de report modal
beaucoup plus important. 79% du total des déplacements journaliers sont
des déplacements internes au territoire et 64% sont des déplacements « non
38
New Deal 2025
obligés » sachant que dans les 34% restants, 26% concernent les
déplacements domicile-travail et 1% domicile-Université mais 10% concernent
les relations domicile-études. Aujourd’hui, 30% du total des déplacements du
territoire sont effectués via la marche à pied mais seulement 2% à vélo. On
sait que le développement des vélos à assistance électrique permet de
s’affranchir en grande partie des reliefs et des distances. Le développement
de la pratique est cependant conditionné à l’aménagement d’infrastructures
dédiées permettant la pratique en toute sécurité ainsi qu’un développement
d’une offre de service.
La poursuite de l’aménagement de la Via Matacena (voie verte) s’inscrit dans cette
logique.
Développer une offre dédiée aux « non mobiles ». Le développement
2
d’infrastructures permettant de sécuriser la pratique des modes actifs n’est
cependant pas une réponse adaptée à l’ensemble des populations « non
mobiles ». L’enjeu de la mobilité doit aussi composer avec les dynamiques
démographiques et le développement accéléré du vieillissement de la
population. À partir d’un certain âge, la pratique de la marche à pied et du
vélo devient moins évidente.
Pour ces catégories de population, les élus ont donc fait le choix d’étudier les
modalités de développement d’une offre de mobilité sociale.
Développer les logiques d’itinérance et de livraison de certains services.
3
Parallèlement au développement de l’offre de mobilité sociale, les élus
souhaitent développer les logiques d’itinérance de certains services
permettant de rompre l’isolement des personnes non mobiles avec
notamment le soutien aux initiatives privées de création de conciergeries
mobiles.
@ Philippe David
39
New Deal 2025
Enjeu 3
Recouvrer une dynamique économique et renforcer la
capacité du territoire à créer des emplois locaux
3 grandes orientations répondent à ce troisième enjeu :
9 Mobiliser l’offre foncière nécessaire au développement industriel et
artisanal et organiser le retour dans la centralité et les polarités des
activités compatibles avec l’habitat.
L’état des lieux a mis en évidence le fait que la Matheysine dispose d’un
indicateur de concentration d’emplois de 66,2.13 Cela signifie qu’il offre 66,2
emplois pour 100 actifs occupés résidant dans le territoire. Si l’équilibre
emploi/actifs demeure un objectif récurrent des territoires, on a vu qu’à l’échelle
nationale seulement 25% des EPCI avaient un ICE supérieur à 100. Sur les 18 EPCI
que compte l’Isère seulement 3 ont un indicateur de concentration d’emploi14
supérieur à 100 et même des grands territoires économiques comme le
Grésivaudan (38 296 emplois) ou le Pays Voironnais (34 773 emplois) ne sont pas
équilibrés en emploi/actifs. On note une dégradation de l’indicateur puisqu’il
était de 96,5 emplois pour 100 actifs occupés en 1975. Pour autant, le nombre
d’emplois en 1975 était inférieur à ce qu’il est aujourd’hui (4 985/ 5 186) : la
dégradation de l’indicateur est donc liée à l’augmentation plus rapide du nombre
d’actifs occupés par rapport aux emplois. Le territoire a connu son apogée en
termes d’emploi en 2010 (6 464). Après la perte constatée entre 2010 et 2015
l’évolution de l’emploi est positive (+0,28% par an entre 2015 et 2021). Cette
évolution est cependant inférieure à l’évolution moyenne de la zone d’emploi de
Grenoble dans laquelle s’inscrit le territoire (+0,54% par an) et à la moyenne
nationale (+0,65% par an) ce qui justifie la volonté des élus de recouvrer une plus
grande capacité à créer des emplois.
La volonté de redynamisation économique pose la question du modèle
d’aménagement économique. Comme pour l’habitat, il s’agit de sortir de la
logique de l’urbanisme fonctionnaliste et notamment d’une logique dans laquelle
l’aménagement de Zones d’Activités Économiques en périphérie des villes
constitue la réponse unique aux besoins des acteurs économiques quelle que
soit leur activité. À l’origine, les zones économiques dédiées ont vocation à
accueillir des activités qui, pour des raisons de risques ou de nuisances, ne
peuvent pas être localisées à proximité de l’habitat et des populations. Au fil du
[13] L’indicateur de concentration d’emploi fait le rapport entre le nombre d’emplois localisés dans un
territoire et le nombre d’actifs occupés qui y résident. Si l’indice est inférieur à 100, cela signifie que le territoire
compte moins d’emplois que d’actifs occupés et est donc dépendant d’autres territoires pour donner à travailler à
sa population.
[14] Grenoble Alpes Métropole, La CAPI, la CC de l’Oisans 40
New Deal 2025
temps, la vocation initiale de ces espaces a largement été dévoyée et les
collectivités ont pris l’habitude d’en faire la réponse quasi exclusive aux besoins
des acteurs économiques et d’y localiser des activités parfaitement compatibles
avec l’habitat. Cette logique a eu 3 conséquences importantes. En premier lieu
une surconsommation foncière. Au niveau national, 23,24% de l’artificialisation
des ENAF est liée à l’économie (11,39% en Matheysine). En second lieu une
dépendance accrue à la voiture. En troisième lieu, un affaiblissement des
fonctions économiques des centralités.
50% des emplois en France sont localisés dans des ZAE alors que l’on compte
près de 80% d’emplois tertiaires. Le phénomène est loin de s’essouffler comme
en atteste une étude de l’Insee qui montre qu’en 2019, 65% des activités
relocalisées dans une ZAE venaient d’un espace hors ZAE et que 8 établissements
transférés sur 10 avaient fait moins de 10 kilomètres.
Nombre d'emplois ICE
108
7000
6500 100
Nombre d’emplois
6000 92
ICE
5500 84
5000 76
4500 68
4000 60
1975 2010 2021 @ CCM
Cinq grands leviers ont été identifiés pour sortir de cette logique :
Réserver l’accès aux zones dédiées aux activités incompatibles avec
1
l’habitat du fait des risques et des nuisances. L’implantation dans les ZAE
d’activités compatibles avec l’habitat a eu pour conséquence, on l’a vu, une
consommation foncière excessive. La mise en œuvre de la sobriété foncière
tend à raréfier le foncier économique disponible et notamment les grands
tènements. Le foncier économique devenant rare, il est nécessaire de ne pas
le gaspiller et de le réserver aux activités strictement incompatibles avec
l’habitat qui ne peuvent trouver d’espace d’accueil ailleurs que dans des zones
dédiées. Cette vigilance que l’utilisation du foncier économique et une
condition de réussite importante de la stratégie nationale de relocalisation
d’activités stratégiques et notamment d’activité industrielle suppose de
disposer.
41
New Deal 2025
Interdire le développement de l’habitat dans des zones dédiées.
2 Préserver le foncier économique suppose d’être vigilant sur la nature des
activités économiques implantées en zone dédiée mais aussi d’être vigilant à
ne pas utiliser ces espaces pour d’autres fonctions que la fonction
économique et notamment l’habitat. On sait la tentation, pour des raisons
patrimoniales, de certains dirigeants de PMI et certains artisans de regrouper
dans un même espace leur activité et leur habitat.
Il est donc nécessaire d’établir des règlements de zone stricts.
Densifier les zones existantes. La recherche de foncier économique
3 disponible pour des activités productives implique de s’intéresser à la densité
des zones dédiées. La densité moyenne des 450 hectares de zones
économiques recensée au niveau national est d’à peine 18%. À titre de
comparaison il est par exemple de 40% aux Pays Bas.
L’augmentation de la densité dans les zones existantes peut générer un gisement
foncier considérable. Il est également nécessaire de mutualiser certaines fonctions
fortement consommatrices de foncier, le stationnement par exemple. Bien
évidement la remobilisation des friches est également une piste permettant de
retrouver de la capacité foncière. De manière plus globale se pose la question de
la maîtrise publique du foncier économique et de la systématisation des logiques
de bail emphytéotique pour les implantations économiques d’envergure
Développer une offre d’accueil dans la centralité, les pôles relais. On a vu
4 que le développement accéléré des ZAE a contribué à affaiblir les fonctions
économiques des centralités. Limiter l’accès au ZAE aux activités
économiques compatibles avec l’habitat a obligatoirement une contrepartie :
proposer des alternatives et une offre d’accueil notamment dans la ville
centre et les pôles relais. Dans la même logique, il est nécessaire
d’accompagner les communes dans le développement de projets locaux pour
les petits commerces et l’artisanat (cf enjeu 5 ingénierie aux communes).
Poser la question du foncier nécessaire au développement des ENR. On
5 sait enfin que la recherche d’une plus grande autonomie énergétique du
territoire et le développement des énergies renouvelables locales impliquent
de mobiliser du foncier. Là encore, l’évaluation du potentiel foncier des
friches économiques constitue une piste de réflexion importante.
@ CCM 42
New Deal 2025
10 Accompagner
générationnel.
les mutations de l’agriculture et le renouvellement
Le Recensement Parcellaire Graphique IGN de 2023 fait état de 28 017 ha dont
13 026 ha de surface productive et 14 990 ha de surface peu productive dans
laquelle on inclue les jachères, les estimes & landes et diverses cultures
particulières. Les emplois du secteur agricole représentent 4,8% du total des
emplois du territoire pour une moyenne nationale de 2,5%. L’agriculture est à la
fois une force économique de premier plan mais aussi en première ligne des
enjeux d’aménagement du territoire, de gestion raisonnée des espaces et bien
évidemment d’adaptation au changement climatique et aux changements
environnementaux.
L’agriculture est particulièrement exposée aux impacts du changement
climatique. Une étude réalisée en 2025 par la cellule prospective de la SCET
(Caisse des Dépôts)15 montre que, sans évolution du modèle agricole français, on
s’expose, d’ici 2050, à une diminution de 42% de la surface agricole utile et à une
baisse de 35 à 40% de la valeur ajoutée agricole (environ 15 Mds €). Le rapport
préconise de réduire l’impact environnemental des exploitations (émissions de
CO2, stockage de carbone dans les sols) en développant des pratiques agricoles
vertueuses, notamment l’agroforesterie, les haies et prairies, le choix de cultures,
la réduction du travail mécanique, l’utilisation de couverts végétaux et
d’alternatives aux produits phytosanitaires tels que les biocontrôles,
biostimulants ou les inhibiteurs de nitrification. Il insiste également sur la
nécessité de préserver les paysages, les ressources naturelles et la biodiversité,
d’assurer la cohésion sociale en assurant une bonne rémunération de chaque
maillon de la chaîne de valeur, en stimulant un tissu économique local équilibré,
et en réunissant les conditions de l’accès égalitaire à l’alimentation de qualité et
enfin sur l’enjeu de la souveraineté alimentaire et la nécessité de recouvrer la
vocation nourricière de l’agriculture locale.
L’agriculture est aussi au cœur des enjeux d’amélioration de la résilience des
territoires. La crise sanitaire de 2021 nous a rappelé la nécessité de repenser de
manière fondamentale notre rapport à la nature. Elle a également fait la
démonstration de la vulnérabilité de nos organisations, de l’extrême fragilité de
nos économies mondialisées, de notre dépendance à ces chaînes de valeur qui
s’étirent à l’échelle planétaire et qui peuvent se rompre dès la défaillance de l’un
de ses maillons. Elle a surtout mis en lumière le manque d’autonomie de nos
territoires dans des domaines vitaux, la santé, l’énergie et bien évidemment
l’alimentation.
[15] Prospective 2050 : entre crises et transformation, quel avenir pour l’agriculture française ? (Bureau-Groupe
SCET) 43
New Deal 2025
Pénuries de ressources non renouvelables, et renouvelables, dette écologique,
maladies zoonotiques, évènements climatiques extrêmes, remous sociaux,
tensions géopolitiques : nous entrons dans un monde d’instabilité à la fois
politique, économique, financière, sociale et environnementale. Ce contexte
nous force à redéfinir en profondeur nos priorités mais aussi les critères par
lesquels nous jugeons de l’efficacité d’une politique publique. Comme dans le
reste de la société, les politiques publiques ont jusqu’à aujourd’hui été
construites dans une logique de performance, d’optimisation, d’efficience. « À
l’avenir, le progrès de l’humanité sera nécessairement guidé par des gains de
robustesse contre l’optimisation ».16 On peut définir la robustesse comme la
capacité d’un système à se maintenir stable (sur le court terme) et viable (sur le
long terme) malgré les fluctuations. La robustesse d’un territoire se mesure à sa
capacité à protéger ses habitants et par sa capacité à réduire sa dépendance et
sa capacité à répondre aux besoins vitaux de ses habitants. Le retour vers des
territoires nourriciers et plus largement l’agriculture, l’élevage et la forêt sont au
cœur des stratégies visant à renforcer la robustesse des territoires.
Les élus souhaitent doter le territoire d’une stratégie agricole intégrant les volets
de la préservation de la gestion en eau, la diminution de la consommation
énergétique, la diversification des productions et le renouvellement
générationnel. Quatre grands objectifs structurent cette ambition :
Renforcer l’autonomie alimentaire du territoire. Le degré d’autonomie
1 alimentaire des 100 premières aires urbaines françaises est d’à peine 2%17 Dit
autrement 98% des aliments consommés dans ces territoires proviennent
d’autres territoires. Si l’on zoome sur la Matheysine on constate que la surface
agricole par habitant est aujourd’hui suffisante pour le régime alimentaire
actuel pour assurer l’autonomie alimentaire du territoire. On estime en effet
que 87% de la consommation actuelle pourrait théoriquement être couverte
par la production locale. Pour autant, 90% de la production est exportée et
90% de la consommation locale est importée. En 2021, la CC Matheysine a
candidaté auprès du Ministère de l’Agriculture pour un vaste programme
autour de l’alimentation. Elle s’est dotée d’un Projet Alimentaire Territorial
(PAT) ayant pour objectif de relocaliser l’agriculture et l’alimentation dans les
territoires en soutenant l’installation d’agriculteurs, les circuits courts ou les
produits locaux dans les cantines ainsi qu’en favorisant l’accessibilité à une
alimentation saine pour tous et l’éducation alimentaire.
Adapter les pratiques et les cultures à l’évolution du climat et des enjeux
2
environnementaux. Les activités agricoles sont directement menacées par le
dérèglement climatique qui se traduit par des précipitations insuffisantes ou
excessives, une hausse des températures moyennes et une intensification
des aléas climatiques et évènements extrêmes. Les impacts sont
nécessairement différenciés selon les types de culture mais l’étude de la
[16] Olivier Hamant- Antidote au culte de la performance-Gallimard.
[17] Étude sur l’autonomie alimentaire des villes réalisée en 2017 par le cabinet UTOPIES à partir du modèle
LOCAL SHIFT 44
New Deal 2025
SCET déjà évoquée estime que sur 24 cultures couvrant environ 80% de la
production agricole végétale française, 16 sont particulièrement vulnérables.
Les élus souhaitent également développer une politique de préservation du
foncier agricole et conforter les liens du territoire avec la SAFER. On sait en
effet que 80% de l’artificialisation est effectuée sur des espaces agricoles alors
qu’ils ne représentent que 49% du total des espaces naturels, agricoles et
forestiers (16,7% dans le territoire de la Matheysine). Les données du guide
pratique de la propriété agricole en Matheysine et Trièves montrent 22,5
ha/an dont 5,4 ha/an consommés au profit de l’urbanisme et 17/an acquis par
des particuliers pour un usage d’agrément (résidence ou loisirs). Il est
également important de prendre en compte le fait que 65% des terres
exploitées ne sont pas la propriété des agriculteurs qui les cultivent18. En
moyenne un agriculteur loue ses terres à 14 propriétaires contre 3 ou 4 dans
les années 80. La moitié des territoires agricoles est détenue par des
propriétaires de plus de 65 ans. Les héritages accentuent le morcellement des
terres (en moyenne, une succession amène à multiplier le nombre de
propriétaires par 2) et la transformation des propriétés en indivision
compliquant ainsi la gestion de ces terres pour un agriculteur.
Limiter les intrants et les prélèvements sur la ressource en eau. Les
3 activités agricoles du territoire sont dominées par une spécialisation autour
de l’élevage. L’économie agricole est ainsi marquée par une dépendance
relativement faible à l’énergie et aux pesticides mais plus marquée à l’eau
d’irrigation.
Favoriser l’installation de jeunes agriculteurs. La profession agricole est
4
vieillissante et peine à se renouveler. Le nombre d’actifs agricoles est passé
de 807 en 1988 à 297 en 2010 soit une évolution de – 63%. Les données du
guide pratique de la propriété agricole en Matheysine et Trièves montrent
que 40 % des chefs d’exploitations ont entre 40 et 55 ans, 35% plus de 55 ans
et que 50% des chefs d’exploitation n’ont pas identifié de repreneur. La
pérennité de l’activité est donc liée à la capacité à assurer le renouvellement
générationnel et à favoriser les dynamiques de reprise et d’installation par
l’accompagnement notamment des porteurs de projets.
@ CCM @ CCM
[18] Guide pratique de la propriété agricole à destination des propriétaires privés Matheysine-Trièves 45
New Deal 2025
11 Accompagner l’adaptation du tourisme et la promotion du territoire.
Au même titre que l’agriculture, le tourisme fait partie des piliers de l’économie
du territoire. Le territoire enregistre notamment plus de 240 00 nuitées dont 24%
en saison hivernales. Comme l’agriculture, l’activité touristique est aujourd’hui
directement menacée par le dérèglement climatique et la pression de plus en
plus forte pesant sur les ressources. La montagne est une sentinelle du climat. La
forte vulnérabilité des territoires de montagne réclame une vision d’ensemble et
à long terme permettant de répondre réellement aux enjeux de durabilité. La
réponse actuelle reste trop souvent une réponse simplement « aménagiste »
passant le plus souvent par le développement d’équipements liés au ski alpin
(ascenseurs, neige de culture, remontées en altitude pour remédier au défaut
d’enneigement). Cette réponse reste prisonnière d’un modèle dont on sait
pourtant qu’il est, à court ou moyen terme, non viable pour la très grande
majorité des stations de moyenne montagne au regard des données climatiques
et plus largement environnementales, mais aussi de l’évolution des attentes des
clientèles. Elle enferme les territoires de montagne dans une mono-
fonctionnalité et un modèle touristique qui paraît, pour beaucoup, indépassable
même s’il ne représente qu’une parenthèse dans la longue histoire des
territoires de montagne.
Plus les territoires sont spécialisés, plus ils sont, dans la durée, vulnérables. L’un
des grands enjeux des territoires de montagne est, au-delà même de la
désaisonnalisation des activités autour de la neige, de sortir de la mono-
fonctionnalité touristique. « Un scénario encore incertain se fait jour, dans lequel le
tourisme ne constituerait plus une fin en soi, mais plutôt la résultante d’un ensemble
de qualités environnementales et territoriales d’abord attractives pour des habitants
à l’année avant de l’être pour des visiteurs »19. Il s’agit de passer d’une montagne
visitée, à une montagne habitée.
Le programme européen « Espace Valléens » a permis au territoire d’élaborer un
schéma de développement touristique. Dans le cadre du projet de territoire, les
élus ont souhaité dégager trois grandes priorités :
Adapter l’offre touristique hivernal locale à l’évolution du climat et à
1 l’évolution des pratiques et attentes des clientèles et des habitants. Le
tourisme en Matheysine est loin de se limiter à la station de l’Alpe du Grand
Serre puisqu’on a vu que la saison hivernale ne représentait que 24% du total
des nuitées du territoire. Pour autant, la station demeure une figure de proue
du tourisme local et contribue à 50% des nuitées hivernales du territoire. Le
modèle historique sur lequel se sont développées les stations de moyenne
altitude est aujourd’hui condamné par le dérèglement climatique et les aléas
liés à l’enneigement. La Communauté a élaboré une feuille de route baptisée
« Alpe du Grand Serre 2050, une destination montagne au service d’une vallée
[19] Philippe Bourdeau, UMR PACTE. 46
New Deal 2025
vivante et préservée. Elle a également conduit un exercice de co-construction
avec les acteurs locaux destiné, d’une part à étudier les hypothèses de
pérennisation d’une offre de ski pour offrir un contexte de transition plus
favorable et d’autre part à explorer les pistes de diversification qu’il s’agisse
des pistes de diversification touristique permettant de solidifier le modèle
historique tout en basculant dans un tourisme de moindre intensité ou des
pistes de diversification fonctionnelle permettant de s’en émanciper. Dans la
perspective du passage d’une montagne visitée à une montagne habitée,
l’exercice a consisté à faire émerger les modèles économiques liés à
l’ensemble des fonctions potentielles20 ou des combinaisons de fonctions.
Anticiper les effets du ZEN sur les hébergements touristiques et
2 développer une politique de réhabilitation/rénovation. Comme évoqué
pour la politique de l’habitat, la loi Climat et Résilience a fait de la lutte contre
les passoires thermiques l’un de ses objectifs majeurs. À partir du 1er janvier
2025, les logements situés en France métropolitaine dont le diagnostic de
performance énergétique (DPE) correspond à la lettre G ne pourront plus être
proposés à la location. Cette interdiction des biens les plus énergivores sur le
marché locatif concernera les logements classés F à compter de 2028 et les
logements classés E à compter de 2034. On a vu que l’impact sur l’ensemble
du parc de logements était considérable puisque ce sont 41,5% des
résidences principales du territoire qui sont potentiellement concernées.
Mais, s’agissant des locations touristiques, l’impact est encore plus important
puisque dans certaines stations de ski, c’est près de 80% du parc qui est
concerné. Il est à noter que depuis un arrêté du 25 mars 2024, le mode de
calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) a été modifié pour les
logements de moins de 40 m2. Le mode de calcul initial était marqué par un «
biais » qui entraînait l’étiquetage injustifié en « F » et « G » de 140 000 petits
logements, soit « plus de 15 % » des logements de moins de 40 mètres carrés.
Malgré cette évolution, le nombre d’hébergements touristiques concernés par
le ZEN demeure considérable. Il est donc nécessaire d’engager une politique
de réhabilitation et de rénovation pour maintenir le gisement
d’hébergements louables.
Les élus ont décidé d’inclure un volet dédié à l’habitat touristique au PLU I valant
programme de l’habitat. Ce volet concerne les logements mis en location mais
aussi le développement de l’offre pour les saisonniers.
Outre le logement, on sait qu’une part très significative de l’impact carbone
des activités touristiques est liée aux déplacements. Les élus ont donc décidé
d’inclure un volet spécifique dans le cadre du PCAET.
[20] Fonction touristique, fonction économique autre que touristique, fonction résidentielle, fonction service,
fonction identité, fonction flux. 47
New Deal 2025
Encadrer l’impact sur le territoire des pratiques de loisirs des
3 métropolitains notamment dans les espaces naturels. La qualité de
l’environnement et du cadre naturel de la Matheysine en fait un terrain de jeu
privilégié pour les activités de pleine nature. La proximité avec le bassin
métropolitain génère cependant des flux importants tant vers les lacs que les
espaces montagnards. De fait, la situation actuelle se traduit par des
dépenses significatives pour le territoire mais avec, en contrepartie, des
retombées économiques limitées pour ne pas dire nulles. Se posent la
question de la maîtrise de ces flux dans les espaces naturels et l’hypothèse,
comme l’ont fait d’autres territoires, d’une régulation de l’accès aux différents
espaces.
@ CCM @ CCM
@ CCM @ CCM
48
New Deal 2025
Enjeu 4
Maintenir l’équilibre social et générationnel du territoire
3 grandes orientations répondent à ce troisième enjeu :
12 Accompagner le vieillissement de la population.
Le vieillissement de la population est l’un des défis les plus importants que les
territoires auront à affronter dans les années à venir. En 2024, le solde naturel
en France s’est établi à +17 000 personnes. C’est le niveau le plus bas depuis
1946. Selon l’Insee, le nombre de décès annuels devrait être supérieur à celui des
naissances dès 2034 et la population française dans son ensemble devrait
baisser d’ici 2044.
Le territoire de la Matheysine est d’ores et déjà confronté au phénomène général
de vieillissement. Depuis 2016, le territoire enregistre un accroissement de sa
population âgée de plus de 60 ans de 1 121 personnes. Toutes les autres
catégories d’âge sont en diminution. Le territoire enregistre un indice de
vieillissement de 10221 contre 71 pour la moyenne départementale et 82 pour la
moyenne de la France métropolitaine. Cela signifie qu’il compte d’ores et déjà
102 personnes de plus de 65 ans pour 100 personnes de moins de 20 ans.
Comme évoqué précédemment, l’accompagnement du vieillissement de la
population est l’un des enjeux les plus complexes auxquels sont d’ores et déjà
confrontés les territoires. Trois grandes orientations sont pointées dans le Projet
de Territoire afin de répondre à cet enjeu :
Adapter l’offre de logements au vieillissement. Comme évoqué dans
1 l’enjeu n°1, il est nécessaire de développer un nombre de logements adaptés
suffisant afin de permettre aux personnes qui vieillissent mais qui restent
autonomes de continuer à vivre chez elles le plus longtemps possible. Ces
logements spécifiques doivent être déployés au plus près des services afin de
permettre aux ménages plus âgés d’être moins dépendants de la voiture.
Un volet spécifique habitat du PLU I traitera de cet enjeu.
Renforcer les services d’aide à domicile et ceux permettant de lutter
2 contre le vieillissement. La perte d’autonomie survient autour de 83 ans :
c’est l’âge moyen d’entrée dans un Établissement d’Hébergement pour
Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD). Une grande majorité des seniors
restent donc vulnérables, notamment après 75 ans, sans pour autant entrer
dans la dépendance. La question du « bien vieillir à domicile » suppose de
renforcer l’offre de service permettant le maintien à domicile.
[21] L’indice de vieillissement est le rapport entre la population des plus de 65 ans et la population des moins de
20 ans. Plus l’indice est élevé plus il est favorable aux personnes âgées. 49
New Deal 2025
Étoffer l’offre médicale de proximité et l’offre d’accueil pour les
3
personnes en perte d’autonomie. Comme évoqué précédemment, le
territoire n’est pas aujourd’hui en déficit de médecine de proximité.
L’augmentation de la population âgée entrainera nécessairement une
augmentation des besoins. Cette problématique a vocation à être traitée dans
le cadre de l’élaboration du Contrat Local de Santé (cf orientation 7).
13 Garantir la place des jeunes.
L’écoute auprès des élus comme auprès de la population témoigne d’une
préoccupation quant à la capacité du territoire à conserver ses jeunes. Le
maintien d’un minimum d’équilibre générationnel à l’échelle du territoire passe
par sa capacité à garder ses jeunes et par sa capacité à offrir, à ceux l’ayant
quitté pour faire des études supérieures, l’opportunité de revenir y vivre. Si un
certain nombre de leviers ne sont pas dans les mains du territoire, il apparaît en
revanche possible de :
Renforcer l’offre de formation. La Matheysine est aujourd’hui fortement
dépendante de la métropole pour l’accès de ses jeunes à l’enseignement
supérieur. Outre le Projet Éducatif de Territoire (cf Orientation n°7) les élus
communautaires souhaitent soutenir le projet de baccalauréat technologique
dédié aux sciences de la santé.
Diversifier les opportunités d’emplois et mettre en relation les jeunes et
les entreprises. Outre le renforcement de la capacité du territoire à créer des
emplois locaux (cf Priorité n°3), la collectivité souhaite s’attaquer à l’ensemble
des éléments qui constituent des freins à l’accès à l’emploi. Elle souhaite
notamment renforcer son accompagnement des familles et des jeunes sur les
problématiques d’accès au logement, d’accès à la mobilité et de financement
des études supérieures. Elle souhaite également sensibiliser l’ensemble des
acteurs publics à l’accueil de stagiaires.
Accompagner l’entrepreneuriat des jeunes. Le dernier volet permettant de
renforcer la capacité du territoireà garder ses jeunes et à offrir, à ceux l’ayant
quitté pour faire des études supérieures, l’opportunité de revenir y vivre
concerne le développement de dispositifs dédiés accompagnant
l’entrepreneuriat.
@ CCM @ CCM
50
New Deal 2025
14 Lutter contre les inégalités et la reproduction sociale.
« La France est très loin d’être le pays le plus inégalitaire dans le monde. Mais la
France demeure le pays de la reproduction sociale »22. Parmi les quatre
caractéristiques « héritées » par les individus, l’origine sociale est de loin celle qui
a le plus d’effets sur les écarts de revenus à l’âge adulte. Le sexe arrive toujours
en deuxième position en dépit de la baisse tendancielle des écarts de revenus
entre femmes et hommes. Le territoire où l’on grandit et l’ascendance migratoire
jouent un rôle plus limité sur le revenu. 35% des jeunes dont les parents
appartiennent au 1erdécile accèdent à l’enseignement supérieur alors qu’ils sont
90% pour ceux dont les parents appartiennent au 9edécile.
Le travail, bien avant l’école, a toujours constitué le moteur le plus puissant de
l’ascenseur social. Cependant, en quelques années, nous sommes passés d’une
économie dominée par les activités productives, l’industrie et l’agriculture
notamment, à une économie dominée par les activités tertiaires. L’économie
industrielle était particulièrement intégrative : non seulement elle offrait des
opportunités d’emplois à tous les niveaux de qualification mais de manière plus
fondamentale, elle offrait la possibilité d’une progression professionnelle en
cours de carrière. L’économie tertiaire est en revanche beaucoup plus excluante.
Elle offre des opportunités d’emploi aux gens très qualifiés ou aux personnes
peu qualifiées. Mais en détruisant l’ensemble des emplois intermédiaires, elle
hôte toute possibilité de progression sociale et professionnelle au cours d’une
carrière.
De fait, les taux de chômage sont aujourd’hui directement corrélés au niveau de
formation initiale : le taux de chômage des personnes ne disposant d’aucun
diplôme est en moyenne de 23,3%. Il est de 7,9% pour les personnes disposant
d’un diplôme de l’enseignement supérieur de niveau bac + 3 ou 4 et 6,7% pour
les personnes disposant d’un diplôme de l’enseignement supérieur de niveau
bac + 5. Or, on constate aujourd’hui, dans le territoire une différence significative
des niveaux de formation de la population de plus de 15 ans non scolarisée :
l’écart des personnes disposant d’un diplôme de l’enseignement supérieur de
niveau bac + 2, bac + 3 ou 4 et bac + 5 est de 6,4 points inférieur à la moyenne.
Cet écart inférieur de 3,5 points pour la seule catégorie des bac +5. Dans le
même temps, le nombre de titulaires d’un CAP ou d’un BEP est supérieur de 8,3
points à la moyenne. Pour corriger une partie du déterminisme social que ne
compense plus l’économie tertiaire, il est nécessaire de renforcer l’accès à la
culture, à la formation et garantir l’accès aux droits sociaux.
[22] François Dubet - « Le temps des passions tristes » 51
New Deal 2025
100
90 %
80
Accès à l’enseignement
Pourcentage
60
supérieur selon l’origine
sociale
40
35 %
20
0
Parents 1er décile Parents 9e décile
50
40
Pourcentage
Taux de chômage selon 30
le diplôme
20 23,3 %
10
7,9 % 6,7 %
0
+5
/4
e
ôm
+3
c
Ba
pl
c
Ba
di
n
cu
Au
8
+8,3
6
4
Écart du territoire par
Écarts en points
2
rapport à la moyenne
0 nationale
-2
-3,5
-4
-6,4
-6
Bac +2 à Bac +5 Bac +5 CAP / BEP
[22] François Dubet - « Le temps des passions tristes » 52
New Deal 2025
Renforcer l’accès à la culture. L’apprentissage des arts, de la littérature, de
la musique, de la danse, du théâtre, du cinéma, de la photographie, de
l’architecture est indispensable, dès le plus jeune âge, pour réduire le
déterminisme social et augmenter les chances de chacun d’accéder à une
place dans la société. Afin de favoriser l’accès à la culture pour tous, le
territoire a choisi d’élaborer un Schéma Intercommunal de lecture publique
ainsi qu’un Projet Culturel de Territoire. Le Projet Culturel de Territoire (PCT)
représente une nouvelle voie dans la politique culturelle territoriale. Il vise à
enrichir la vie culturelle locale en impliquant tous les acteurs du territoire.
Cette approche innovante promet de dynamiser la scène culturelle locale. Ces
projets reposent sur trois piliers : l’inter-collégialité, l’inter-sectorialité et
l’interculturalité.
@ Nadine Barbançon @ Nadine Barbançon @ Nadine Barbançon
Renforcer l’accès à la formation. On a vu en introduction que l’économie
tertiaire était beaucoup plus excluante que l’économie industrielle en ce sens
qu’elle offrait essentiellement des opportunités d’emplois aux personnes les
plus qualifiées mais aussi qu’en détruisant les emplois liés à des qualifications
intermédiaires, elle limitait fortement les possibilités de progression
professionnelle et donc sociale. De fait, on constate aujourd’hui une forte
corrélation entre les niveaux de formation initiale et les taux de chômage. On
sait par ailleurs que la population de plus de 15 ans non scolarisée de la
Matheysine enregistre un déficit significatif de titulaires d’un diplôme de
l’enseignement supérieur. L’orientation n°7 avec la mise en œuvre d’un Projet
Culturel de Territoire et l’orientation n°13 avec le projet de développement
d’un baccalauréat technologique dédié aux sciences de la santé s’inscrivent
dans cette ambition de renforcer l’accès à la formation.
Renforcer l’accès aux droits sociaux. Le diagnostic réalisé dans le cadre de
l’élaboration de la Convention territoriale globale signée avec la Caisse
d’Allocations Familiales de l’Isère et de la Mutualité Sociale Agricole a mis en
lumière une bonne couverture pour les services d’accès aux droits mais un
déficit d’information des habitants (en particulier pour l’accès des droits
sociaux), et un accès aux services contraint par les difficultés de déplacement.
Le renforcement de l’accès aux droits sociaux
53
New Deal 2025
Enjeu 5
Organiser l’action publique au service du Projet de Territoire
3 grandes orientations répondent à ce troisième enjeu :
15 Inscrire les relations Communes/EPCI dans une logique de bloc local.
Le mouvement intercommunal est confronté à une double mutation. La
première mutation concerne le changement de doctrine de l’État en matière
d’équilibre des compétences entre EPCI et Communes. Depuis la loi
Chevènement, l’ensemble des lois visaient un renforcement continu des
prérogatives intercommunales. La loi Engagement et Proximité de 2019 et la loi
3DS de 2022 marquent un tournant radical dans la conception même de
l’intercommunalité avec l’affirmation claire d’un rehaussement de la place et de
la voix des communes. Ainsi, le mouvement intercommunal tend de moins en
moins vers une logique de supracommunalité et s’inscrit désormais clairement
dans une logique de « bloc local » dans laquelle Communes et établissements
EPCI sont appelés non seulement à se partager les compétences mais de plus en
plus à « faire ensemble ».
La seconde évolution majeure est d’ordre fiscal. L’un des dispositifs les plus
ingénieux de la loi Chevènement était la généralisation de la Taxe Professionnelle
Unique. En confiant aux EPCI l’impôt le plus dynamique, le législateur donnait les
moyens à l’intercommunalité d’assumer facilement les transferts de
compétences opérés et l’ajustement par le haut des niveaux de services sur
l’ensemble des périmètres communautaires. Mais au gré des différentes
réformes de la fiscalité économique, les EPCI ont perdu non seulement leur
pouvoir de taux mais aussi l’effet “base” particulièrement généreux de la Taxe
Professionnelle historique. Après la suppression de la part salaire de la TPU et la
suppression de la TPU par la Contribution Économique Territoriale, la
suppression de la CVAE (l’une des composantes de la CET) en 2023 change
radicalement le contexte financier des EPCI qui perdent l’essentiel de leur
autonomie fiscale et le lien entre la santé économique du territoire et les
ressources que l’EPCI en retire.
Outre ces 2 éléments, il est important de prendre en compte l’impact du
changement d’échelle induit par la création d’une intercommunalité fruit de la
fusion de 3 EPCI et qui réunit désormais 43 communes sur un territoire de 71
000 hectares. L’élargissement du périmètre change la nature même de l’outil
intercommunal. Les EPCI fondateurs constituaient le prolongement des
communes et s’inscrivaient largement dans le cadre d’une intercommunalité de
service ayant vocation à développer des équipements et services à la population.
54
New Deal 2025
L’élargissement du périmètre rend l’outil intercommunal moins agile et
moins à même de répondre aux enjeux qui réclament de la proximité. À
l’inverse, l’élargissement du périmètre à l’échelle d’un bassin de vie
cohérent positionne l’intercommunalité comme l’acteur principal de
l’aménagement du territoire.
Ce contexte conduit les élus communautaires à affirmer 2 grands principes:
L’inscription dans une logique de « bloc local » donne au projet de
territoire la responsabilité de coordonner l’action des communes
et l’action de l’intercommunalité au service d’une même vision et
d’une même stratégie.
Compte tenu de l’évolution du contexte territorial mais aussi
financier, l’intercommunalité peut difficilement prétendre être
simultanément une intercommunalité de service et une
intercommunalité d’aménagement sachant que si elle délaisse le
champ des politiques structurantes, aucun autre acteur ne sera
en mesure de garantir une évolution du territoire conforme avec
la vision formulée par les élus.
3 pistes de travail correspondent à l’orientation n°15
Préciser la répartition des compétences au sein du bloc local et
1 notamment les compétences pour lesquelles Communes et interco
doivent faire ensemble. L’inscription de l’intercommunalité de la Matheysine
dans une logique de bloc local implique de passer d’une intercommunalité «
qui fait à la place des communes » à une intercommunalité « qui fait en
propre », « qui fait avec les communes » et « qui aide les communes à faire ».
La réflexion conduite dans le cadre du Projet de Territoire a fait émerger deux
grands champs d’intervention relevant de la responsabilité directe de
l’intercommunalité :
Aménager et équiper le territoire
Protéger ses ressources
Elle a également permis de préciser, dans le champ de la solidarité humaine
et territoriale, les politiques pilotées conjointement par les communes et
l’intercommunalité et les politiques relevant de l’initiative des communes.
L’annexe 3 détaille l’articulation des prérogatives entre intercommunalité et
communes ainsi que les champs d’action partagés.
55
New Deal 2025
Développer les mutualisations horizontales entre communes dans une
2
logique de bassins de services. Le projet de territoire prévoit le
renforcement de l’intervention des communes sur les compétences,
équipements et services réclamant de la proximité et les actions contribuant
au renforcement du lien social. L’écoute auprès des élus a cependant mis en
lumière le sentiment partagé du fait qu’il est nécessaire d’organiser une
échelle d’action intermédiaire entre la grande intercommunalité et les
communes compte tenu du fait que parmi les 43 communes que compte la
Communauté 40 ont moins de 1 000 habitants et 15 moins de 100 habitants.
S’ils reconnaissent la nécessité de respecter la hiérarchie territoriale et de
reconnaître le rôle de centralité de La Mure, les élus ont également affiché
comme ambition que, l’ensemble des habitants du territoire, puissent
disposer d’un socle minimum de services essentiels à la vie quotidienne. On
doit cependant constater que, d’une part il n’est pas possible de développer
ce socle minimum de services dans chaque commune et que d’autre part, la
petite taille de la très grande majorité des communes fait qu’elles ne sont pas
nécessairement en capacité d’être au rendez-vous des services à la
population. Chaque bassin de service regroupant plusieurs communes va
constituer l’échelle fonctionnelle à laquelle va être déployé ce socle des
services du quotidien. Les communes, comme elles peuvent le faire pour les
regroupements pédagogiques vont dans le cadre de ces bassins, développer
en commun des équipements et des services de proximité. La définition des
enveloppes fonctionnelles des bassins de services sera réalisée dans le cadre
de l’élaboration du PLU-i-H.
Développer une ingénierie mutualisée au service des communes. Le
3 développement des coopérations entre communes suppose qu’elles
disposent d’une ingénierie suffisante leur permettant de développer des
projets. Même en coopérant, elles peuvent être confrontées à un déficit
d’ingénierie et de compétences. La volonté des élus est que
l’intercommunalité développe une ingénierie, technique et financière, à
disposition des communes renforçant leur capacité à faire.
16 Renforcer les prérogatives communautaires dans le domaine de
l’aménagement et de la protection de l’environnement.
Comme évoqué dans l’orientation n°15, la vocation première de la grande
intercommunalité est d’assurer l’équipement et l’aménagement du territoire ainsi
que la protection de ses ressources et plus largement l’organisation de la
bifurcation environnementale. Au-delà de l’affichage, cela implique de renforcer
les prérogatives mais aussi l’expertise et les moyens de la Communauté dans 3
domaines clés de l’aménagement : la planification, l’organisation de la politique
du logement et la gestion des réseaux. Le projet de territoire affiche trois
grandes priorités s’agissant de cette orientation :
56
New Deal 2025
1 Élaborer un document de planification intercommunal (PLU I)
Faire de l’intercommunalité l’autorité organisatrice de la politique du
2
logement
3 Finaliser le transfert de la compétence « eau potable »
Au-delà des prérogatives et de l’expertise nécessaire, le contenu relatif aux
politiques répondant à ces 3 priorités est détaillé dans l’enjeu n°1 relatif à la mise
en œuvre d’un nouveau modèle d’aménagement plus respectueux de
l’environnement et des ressources du territoire ainsi que de la hiérarchie
territoriale.
17 Renforcer les coopérations avec les territoires du système
métropolitain et les collectivités supra.
Le dernier volet du Projet de Territoire définissant les modalités d’organisation
de l’action publique traite des coopérations interterritoriales avec les autres EPCI
du système métropolitain et les collectivités supra-territoriales ; Département et
Région. Comme évoqué par le portrait territorial, le territoire de la Matheysine
s’inscrit en intégralité dans le système métropolitain grenoblois. On a vu que la
mobilité s’organisait en grande partie en échange avec le système métropolitain.
Une part de l’économie du territoire repose sur les masses salariales des actifs
travaillant dans la métropole et rapatriées dans le territoire. S’agissant de
l’habitat, on a vu que l’arrivée importante (53% des acquéreurs) de ménages en
provenance de la Métropole avait un effet sur l’augmentation du coût du
logement.
La Matheysine doit donc composer avec les grandes dynamiques qui animent le
système métropolitain. De fait, un certain nombre de grandes politiques
publiques ne peuvent se concevoir que dans une approche interterritoriale.
La mobilité. L’état des lieux préalable et l’écoute auprès de la population ont
révélé non seulement la forte dépendance des ménages à la voiture
individuelle mais aussi une attente forte de développement de solutions
alternatives ; transports collectifs et modes doux notamment. Le Projet de
Territoire au travers de son orientation n°8 vise à répondre aux besoins de
mobilité alternative des habitants et à accompagner les non-mobiles. On doit
cependant faire le constat que les capacités du territoire à développer une
politique traitant de la question de la mobilité restent limitées. Le vote de la
loi LOM23 a conduit les communes et les EPCI à se positionner sur l’exercice
de la compétence mobilité. Le territoire a choisi de déléguer sa compétence
[23] FrançoiLOI n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 d'orientation des mobilités 57
New Deal 2025
mobilité au Conseil régional Auvergne Rhône-Alpes. On doit cependant
constater qu’à ce jour, l’action de la Région pour développer des solutions
alternatives à l’usage de la voiture est plus que limitée et d’autant plus que le
territoire ne bénéficie pas d’une offre ferroviaire.
Ces constats ont conduit les élus à reposer la question des modalités de
coopération avec le syndicat métropolitain des mobilités, le SMMAG.
Le développement économique. S’agissant du développement économique,
on sait que le territoire de la Matheysine s’inscrit en totalité dans la zone
d’emploi de Grenoble. Le tissu économique local partage les caractéristiques
de sa zone d’emploi de référence avec une forte coloration productive et
notamment industrielle. Il partage également l’essentiel de ces
problématiques. Les principaux territoires de la région urbaine grenobloise
(Métropole de Grenoble, CA du Grésivaudan, CC du Pays Voironnais) ont
décidé de s’unir avec les acteurs privés pour la mise en place d’un Pacte
Économique et Social. Lancé en 2021, ce pacte vise notamment à développer
une stratégie économique favorisant les transitions écologique, énergétique,
numérique et sociétale, à soutenir la dynamique collective de recherche et
d’innovation pour mieux faire face aux transitions, à réduire les impacts
environnementaux des activités et à développer et maintenir les
compétences sur le territoire.
Les élus communautaires ont choisi de reposer la question au début du prochain
mandat de l’inscription dans cette dynamique territoriale.
La planification interterritoriale. Comme évoqué, le Schéma de Cohérence
Territoriale (SCOT) a vocation à réguler les interdépendances entre les
différents secteurs de la région urbaine grenobloise. A ce jour, le territoire de
la Matheysine n’est pas membre du SCOT et n’est couvert par aucun SCOT. La
Matheysine a vocation à intégrer le SCOT de la région urbaine grenobloise.
Compte tenu de l’ampleur des chantiers à organiser dans le champ de
l’aménagement et de la planification (adhésion à l’EPFL, mise en chantier d’un
PLU i valant Programme Local de l’habitat), les élus communautaires n’ont pas
souhaité adhérer au SCOT avant la fin du présent mandat. Cependant,
compte tenu du fait que l’EP SCOT a décidé la mise en révision du document,
les élus communautaires souhaitent demander à l’EP SCOT un statut de
territoire associé afin de faire valoir les enjeux spécifiques de la Matheysine et
sa vision des équilibres entre territoires au sein de la région urbaine.
58
DES ENGAGEMENTS AUX RÉALISATIONS
Depuis l’adoption du Projet de territoire, la Communauté de Communes de la
Matheysine met en œuvre les orientations définies avec les communes et
partenaires afin de renforcer l’attractivité, la solidarité et la résilience du territoire.
Plusieurs démarches structurantes ont ainsi été engagées pour anticiper les
évolutions à venir et accompagner son développement.
Parmi les principales avancées, plusieurs actions structurantes déjà engagées
illustrent cette dynamique :
L’engagement du Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) par délibération du
12 décembre 2024, outil structurant pour accompagner la transition écologique du
territoire et définir une stratégie climatique à horizon 2050.
Le lancement de l’élaboration du Plan Local d’Urbanisme intercommunal
tenant lieu de Programme Local de l’Habitat (PLUi-H), par la prise de compétence le
26 décembre 2025, qui constituera le cadre de référence pour l’aménagement et le
développement du territoire.
L’élaboration des schémas directeurs eau potable et assainissement, par
délibération du 13 novembre 2025, permettant aux communes d’anticiper les
besoins futurs, d’améliorer la gestion des réseaux et de sécuriser la ressource en
eau.
L’adhésion à l’Établissement Public Foncier Local du Dauphiné, par délibération
du 26 septembre 2024, à partir du 1er janvier 2025, renforçant les capacités
d’intervention foncière au service des projets communaux et intercommunaux.
Le lancement d’une réflexion stratégique sur la mobilité en 2026, répondant à
une attente forte exprimée par les habitants lors de la concertation du Projet de
territoire.
La signature du Contrat Local de Santé, le 3 juin 2025, mobilisant les acteurs du
territoire autour d’actions concrètes pour améliorer l’accès aux soins, la prévention
et le bien-être des habitants.
Le déploiement du Projet social de territoire dans le cadre de la Convention
Territoriale Globale, visant à renforcer l’équité et l’accessibilité des services, avec
notamment une politique harmonisée pour les accueils de loisirs.
Le lancement d’un appel à projets pour accompagner l’adaptation des
activités touristiques aux enjeux de la transition écologique et climatique, par
délibération du 2 mars 2026, afin de renforcer la résilience du modèle touristique
de la Matheysine.
Poursuivre la dynamique collective
Ces actions témoignent de la mobilisation du territoire et constituent les premières
étapes d’un travail de long terme. Le Projet de territoire demeure la feuille de route
partagée pour construire une Matheysine durable, solidaire et attractive.
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New Deal 2025
Annexe 1 : La zone d’emploi de Grenoble
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New Deal 2025
Annexe 2 : Le bassin de vie de La Mure
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New Deal 2025
Annexe 3 : L’organisation du bloc local
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@ CCM
@ CCM
63
@ CCM
@ Philippe David
Directrice de publication :
Contacts : Coraline SAURAT, Présidente de la Communauté de
Communes Matheysine
13 Route du Terril, 38350 Susville
Rédaction et mise en page :
contact@ccmatheysine.fr Directrice générale, collaboratrice et service communication
Impression :
04 76 81 18 24
Sublimin’Alpes
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Ne pas jeter sur la voie publique.
Texte extrait tel quel de la pièce officielle, qui seule fait foi. La mise en page du document d'origine peut différer.